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En Grèce les chiffres progressent mais les problèmes persistent

19/02/2014 01:38 EST | Actualisé 21/04/2014 05:12 EDT

Avec un double excédent des comptes courants et du budget, le gouvernement grec se gargarise de l'amélioration des données macroéconomiques du pays, espérant une sortie de crise, mais les experts restent inquiets des blocages persistants du modèle économique.

L'excédent des comptes courants publié mercredi, une première depuis 1948, vient s'ajouter à un net recul de la récession en 2013 -- -3,6% contre 6,4% en 2012-- annoncé la semaine dernière.

La Grèce a enregistré un excédent des comptes de 1,2 milliard d'euros (0,7% du PIB) en 2013 contre un déficit de 4,6 milliards (2,4% du PIB) en 2012, essentiellement grâce à la baisse du déficit commercial et à l'augmentation de l'excédent des transactions et services, surtout celui du tourisme.

Cette performance combinée à l'excédent budgétaire primaire (hors service de la dette) réalisé en 2013, est "de bon augure pour la reprise de l'économie en 2014", s'est félicité dans la foulée le ministère grec des Finances.

Dimanche, le Premier ministre grec Antonis Samaras a indiqué que la Grèce avait dépassé les attentes de la troïka des créanciers du pays, UE-BCE-FMI, en dégageant un excédent budgétaire primaire de plus de 1,5 milliard d'euros, le premier depuis plus de 10 ans.

Après deux plans de sauvetage UE-BCE-FMI pour éviter la faillite, le gouvernement table sur un timide retour à la croissance en 2014 (0,6%), après une contraction cumulée d'environ 25% ces six dernières années.

"L'économie se stabilise, la flexibilité du marché du travail contribue à la compétitivité, mais le grand problème reste le rétablissement de la confiance", estime Dimitris Maroulis, conseiller à la direction des recherches économiques d'Alpha Bank.

Selon lui, la réalisation de l'excédent des comptes courants est due à la réduction des déficits du secteur public après sa restructuration, à la baisse de la demande intérieure, mais aussi à l'amélioration de la compétitivité.

- Du tourisme aux médicaments génériques -

Lors d'une récente conférence à Athènes, Lionel Zinsou, président du fonds d'investissement français PAI Partners, avait vanté la plateforme "logistique unique" que représente la Grèce, "l'augmentation des dépenses de recherche et développement des PME", "la baisse des salaires nominaux".

L'américain Hewlett-Packard, la multinationale de la consommation Unilever, l'industriel du tabac Philip Morris, l'entreprise de téléphonie Nokia ont annoncé ces derniers mois d'importants investissements en Grèce, mais le mouvement reste à confirmer.

Moins optimiste, l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) prévoit la poursuite de la contraction du PIB de 0,4 % en 2014 et pointe la persistance des entraves à la libre concurrence surtout dans "le tourisme, les matériaux de construction, les produits alimentaires et le commerce de détail" qui limitent les perspectives de croissance.

"Le modèle économique grec doit changer, il y a actuellement un buzz autour des start-up, beaucoup de concours sont organisés. Mais le changement qui doit advenir est si grand qu'il prendra du temps", estime Harris Makryniotis, responsable d'Endeavor, structure de promotion d'entreprises innovantes.

A ses yeux, "la Grèce a des opportunités de croissance, dans l'agroalimentaire, le tourisme, la mode, les énergies renouvelables, les services internet, la santé".

Une étude conduite par le cabinet McKinsey en 2011 avait identifié parmi les "étoiles montantes" de l'économie grecque, la production de médicaments génériques, l'aquaculture, le tourisme médical, les soins aux personnes âgées, le traitement des déchets.

Deux ans plus tard, dans une économie encore sonnée par les mesures d'austérité, les coupes de salaires, les fermetures d'entreprises, le manque de liquidités bancaires, le développement de ces secteurs reste embryonnaire ou fragile. Les petits commerces constituent toujours la colonne vertébrale de l'activité économique.

Le retard pris par l'audit de la troïka, en cours depuis septembre, traduit l'impatience des créanciers du pays face à la mise en oeuvre des réformes structurelles. Les représentants de la troïka doivent faire leur retour à Athènes la semaine prochaine.

"L'incertitude reste les élections", souligne Dimitris Maroulis faisant allusion aux récents sondages, selon lesquels le parti conservateur d'Antonis Samaras est devancé par l'opposition de gauche radicale Syriza en vue des scrutins européens et locaux du mois de mai.

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