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Départ ému de Sud-Coréens au Nord pour retrouver des proches jamais revus depuis la guerre

19/02/2014 11:36 EST | Actualisé 21/04/2014 05:12 EDT

Un groupe de 82 Sud-Coréens âgés, à la santé souvent vacillante, s'est rendu jeudi en Corée du Nord pour y retrouver des proches qu'ils n'ont pas revus depuis la guerre, il y a des décennies.

La première réunion de familles coréennes séparées par la guerre (1950-1953) organisée depuis 2010 a débuté vers 15H00 (06H00 GMT) par une cérémonie dans une grande salle du mont Kumgang, a indiqué le ministère sud-coréen de l'Unification.

Dix autocars escortés par des véhicules de police avaient quitté le port de Sokcho (est) quelques heures plus tôt pour passer la frontière située à une cinquantaine de kilomètres.

Deux femmes âgées ont fait le voyage en ambulance et une dizaine de participants se déplacent en fauteuil roulant.

Après avoir franchi la "zone démilitarisée", une bande de terre de 248 kilomètres sur 4 qui divise la péninsule coréenne, le convoi a parcouru encore 39 kilomètres jusqu'au mont Kumgang.

Là, les Sud-Coréens ont retrouvé pour quelques jours, dans un climat d'intense émotion, 180 proches nord-coréens dont ils n'ont pas eu de nouvelles depuis plus d'un demi-siècle.

"Je pense que quand je verrai son visage, je n'y croirai pas", a confié Kim Dong-Bin, 81 ans, à quelques heures de revoir sa soeur aînée.

"Je me demande si je pourrai la reconnaître immédiatement. Cela fait si longtemps", s'inquiètait-il.

Dimanche, 88 Nord-Coréens seront rejoints par 361 proches venus du Sud pour une seconde réunion, jusqu'à mardi.

Ces rassemblements -- les premiers depuis 2010 -- n'ont été rendus possibles qu'au terme d'âpres négociations entre Séoul et Pyongyang.

La Corée du Nord a fini par donner son accord alors qu'elle exigeait au préalable l'annulation d'exercices militaires entre la Corée du Sud et les Etats-Unis prévus fin février.

-Cadeaux, médicaments et nouilles instantanées-

Sélectionnés par tirage au sort informatique parmi des milliers de candidats, les participants ont emporté quantité de choses dans leurs bagages -- cadeaux, médicaments, photos de famille, nouilles instantanées.

"Les présents que j'apporte à ma soeur devraient lui plaire. Ce sont des choses qu'on ne trouve pas facilement en Corée du Nord, j'espère qu'elle sera contente", confiait avant le départ Kim Se-Rin, 85 ans.

"J'ai aussi prévu des dollars américains pour elle et mon jeune frère".

Parmi les Nord-Coréens devant y participer figurent deux pêcheurs du Sud kidnappés par le régime dans les années 1970.

Des millions de Coréens ont été séparés par la guerre et la partition de la péninsule. Le temps presse pour la majorité d'entre eux, parvenus au soir de leur vie.

Sur les 125.000 Sud-Coréens qui ont demandé à participer aux réunions depuis 1988, 57.000 sont décédés depuis -- dont 3.800 l'an dernier -- et ceux qui leur ont survécu n'ont pas toujours la force de supporter le voyage.

Les premières réunions ont été organisées en 1985 à la faveur d'un dégel des relations intercoréennes, avant d'être suspendues pendant 15 ans.

Un sommet intercoréen historique en 2000 a permis leur reprise et quelque 21.700 personnes ont été -- brièvement -- réunies depuis.

Le programme a de nouveau été interrompu en 2010 après le bombardement par la Corée du Nord d'une île sud-coréenne située sur leur frontière maritime, contestée par Pyongyang.

A peine retrouvés, Sud et Nord-Coréens devront se séparer samedi, avec la quasi certitude de ne jamais plus se revoir.

"Ce sera notre première et dernière réunion", reconnaissait ainsi Kim Dong-Nin en secouant la tête de désespoir.

Les participants ont reçu des instructions précises afin de réussir au mieux leur séjour dans un pays parmi les plus fermés au monde, mis au ban de la communauté internationale depuis des décennies.

"On nous a dit de ne pas discuter politique et de ne pas se laisser abuser par la propagande nord-coréenne", a expliqué l'épouse de M. Kim, Shin Myung-Soon.

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