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Centrafrique: tirs, explosions et barricades à Bangui contre les forces internationales

19/02/2014 07:37 EST | Actualisé 21/04/2014 05:12 EDT

La capitale centrafricaine a été secouée mercredi par des tirs et des explosions aux abords de l'aéroport, où des manifestants ont érigé des barricades contre les opérations des forces internationales visant les miliciens anti-balaka.

Des tirs nourris d'armes automatiques et des explosions de roquettes et de grenades ont retenti dès le début de la matinée dans des quartiers voisins de l'aéroport de Bangui, où l'armée française et la force de l'Union africaine (Misca) ont installé leurs états-majors, a constaté un journaliste de l'AFP. Des détonations sourdes de mortiers ont également été entendues.

Ces tirs, qui ont cessé dans l'après-midi, opposaient des soldats de la Misca à des miliciens anti-balaka retranchés dans des quartiers proches de l'aéroport, a constaté un photographe de l'AFP.

Les violences avaient commencé dès mardi soir avec l'apparition des premières barricades sur le boulevard menant à l'aéroport, selon une source militaire.

Depuis, l'hôpital communautaire de Bangui a reçu une quarantaine de blessés, dont deux sont décédés après leur admission, a-t-on appris de source hospitalière. Nombre d'entre eux ont été atteints par des balles.

Les anti-balaka, une milice composée en majorité de chrétiens, a pris les armes l'été dernier, au départ pour se défendre, notamment dans les campagnes, des exactions des combattants Séléka à dominante musulmane alors au pouvoir.

Mais rapidement, les anti-balaka se sont livrés eux aussi à des représailles contre les civils musulmans accusés de complicité avec l'ex-rébellion, qui avait renversé le président François Bozizé en mars 2013.

La lutte contre les anti-balaka, auxquels la nouvelle présidente de transition centrafricaine Catherine Samba Panza a promis de "faire la guerre", est devenue l'une des priorités des forces internationales.

- Barricades à l'aéroport -

Mercredi, des balles ont sifflé près des soldats français gardant l'entrée principale de la zone aéroportuaire, tandis que les tirs provoquaient des mouvements de foule dans les quartiers avoisinants.

Cette nouvelle flamblée de violences a contraint une délégation de haut rang des Nations unies à annuler un déplacement prévu mercredi dans la ville de Bossangoa, à 250 km au nord-ouest de Bangui.

Une centaine de personnes vivant dans l'immense camp de déplacés qui jouxte l'aéroport sont venues se réfugier dans l'aérogare, entraînant une intervention des soldats français qui leur ont demandé de retourner dans le camp.

Des petits groupes de manifestants protestant contre les opérations des militaires français contre les miliciens anti-balaka ont érigé des barricades sur le principal axe menant à l'aéroport.

En fin d'après-midi, les forces internationales achevaient de les démanteler, mais des groupes de jeunes hommes menaçaient depuis le bas côté les rares véhicules qui circulaient, a constaté un journaliste de l'AFP.

- "Plus d'hommes, plus de moyens" -

Ces troubles surviennent dans un contexte de tension croissante entre forces internationales et anti-balaka.

Dimanche, un accrochage entre miliciens et soldats de la Misca avait ainsi fait 11 morts dans le village de Cantonnier (ouest), frontalier avec le Cameroun.

Samedi, les forces internationales avaient lancé une vaste opération de désarmement des anti-balaka, interpellant certains de leurs chefs sans parvenir à arrêter celui qui se présente comme leur "coordonnateur politique", Patrice Edouard Ngaissona.

Le président tchadien Idriss Déby, acteur politique et militaire majeur dans la région, a appelé mardi les Nations unies à fournir "les moyens nécessaires" à une sortie de crise en Centrafrique.

"Il faudra plus d'hommes, plus de moyens (...) Et quelle est l'institution qui a les moyens nécessaires pour gérer ce genre de situation? Il faut aller vers les Nations unies pour avoir les moyens nécessaires pour tirer la RCA (République centrafricaine) vers la sortie de chaos actuel", a-t-il plaidé lors d'une conférence de presse.

La France a déployé début décembre 1.600 hommes en Centrafrique, mais ce contingent qui agit officiellement en soutien des 6.000 hommes de la Misca n'a pas permis de faire cesser les violences entre communautés chrétienne et musulmane.

La France a annoncé l'envoi de 400 soldats supplémentaires et l'Union européenne envisage de doubler les effectifs de sa future mission, de 500 à 1.000 hommes.

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