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Baptême du feu pour la patronne de la Fed au premier G20 de l'année

19/02/2014 10:04 EST | Actualisé 21/04/2014 05:12 EDT

Le G20 tiendra ce week-end à Sydney sa première réunion de l'année, baptême du feu de la nouvelle présidente de la Fed, Janet Yellen, au moment où les pays émergents souffrent des effets collatéraux de la fin du programme de soutien de la banque centrale.

Après une première alerte à l'été 2013, les devises de plusieurs émergents ont dévissé ces dernières semaines, de l'Argentine à la Russie, en passant par l'Afrique du Sud et la Turquie.

En cause, la réduction des achats mensuels d'actifs de la Réserve fédérale américaine et les attentes d'une remontée des taux américains, qui incitent les investisseurs à sortir leurs capitaux des émergents pour les rapatrier vers les Etats-Unis.

Des doutes sur la solidité de ces économies ou de leurs instances politiques sont aussi à l'origine de ce reflux des capitaux. Mais la Fed, qui a pour mandat de veiller avant tout sur l'économie américaine, est parfois accusée d'indifférence pour les dommages collatéraux que sa politique occasionne.

Le Trésorier australien, Joe Hockey, hôte de ce G20, ne veut pas de "parlote" et juge "extrêmement important" que les ministres des Finances et les banquiers centraux s'accordent sur des objectifs de croissance supérieurs aux prévisions actuelles.

Mais "nous n'ignorerons pas les instabilités récentes sur les marchés financiers internationaux, et notamment, leur impact sur les économies de ces émergents", a-t-il ajouté.

Un agenda en accord avec les Etats-Unis, qui vont plaider "la promotion de la croissance", selon un haut responsable du Trésor. Il s'attend certes à ce que les turbulences "considérables" des monnaies de pays émergents soient "un des principaux axes de discussion", mais il les attribue surtout à des facteurs internes à ces pays.

Mi-février, Janet Yellen, qui venait de prendre ses fonctions, avait simplement noté "qu'à ce stade", cette volatilité "ne posait pas de risque substantiel pour les perspectives économiques américaines".

La Fed "observe attentivement" ces mouvements, avait-elle simplement déclaré devant le Congrès.

Bien que reconnaissant les difficultés des émergents, "elle semble aussi dire +ce n'est pas mon problème+", note Adam Hersh, économiste à l'American Progress Action Fund, un centre de recherche. "Ca ne va pas être bien reçu par les pays en développement membres du G20".

- Pression sur la Fed -

"Les Etats-Unis devraient s'inquiéter des effets de leurs politiques sur le reste du monde", estimait ainsi fin janvier le gouverneur de la banque centrale indienne, Raghuram Rajan.

"Nous voudrions vivre dans un monde où les pays prennent en compte les effets de leurs politiques sur les autres pays plutôt que faire juste ce qui est approprié pour lui-même", a-t-il déclaré fin janvier.

Selon une source gouvernementale française, "le consensus est le même (à propos des grandes banques centrales): il faut être collectivement attentifs aux effets de nos politiques sur les autres économies".

"Ce sera l'occasion pour la Fed d'expliquer, comme elle le fait à chaque fois, ses objectifs", a-t-il ajouté auprès de l'AFP.

Janet Yellen avait déjà représenté la Fed lors d'un G20, en juillet dernier à Moscou, remplaçant le président d'alors, Ben Bernanke.

Mais "la coopération monétaire est considérée comme extrêmement difficile car les banques centrales ont des mandats nationaux", rappelle Philippe Martin, professeur d'économie à Sciences-Po.

Les émergents "ne peuvent pas attendre grand chose de la réunion de Sydney. Ils vont certainement mettre une sorte de pression sur la Fed, mais avec un impact très faible", prévoit-il.

Malgré le ralentissement de la croissance en Chine, deuxième économie mondiale, et les turbulences chez les émergents, cette réunion du G20 se tiendra dans un contexte plutôt favorable pour l'économie mondiale.

Le Fonds monétaire international (FMI) a relevé --très légèrement-- fin janvier ses perspectives de croissance pour 2014, pour la première fois depuis près de deux ans et table désormais sur 3,7% pour l'économie mondiale, après 3% en 2013.

Mais l'Europe pourrait être menacée de déflation, un phénomène dangereux qui crée un cercle vicieux dont il est difficile de sortir, comme l'illustre le Japon, aux prises avec ce mal depuis 15 ans.

La directrice générale du FMI Christine Lagarde a récemment mis en garde contre "des risques croissants de déflation qui pourraient être désastreux pour la reprise", affirmant que cet "ogre doit être combattu".

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