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Afghanistan: Abdullah veut gagner au 1er tour et dénonce le "fantôme" de la fraude

19/02/2014 07:26 EST | Actualisé 21/04/2014 05:12 EDT

L'un des favoris à la présidentielle afghane Abdullah Abdullah a lancé cette semaine sa campagne sur le terrain dans l'espoir de remporter la mise dès le premier tour du scrutin et désignant son principal adversaire: le "fantôme" de la fraude électorale.

L'ex-assistant du défunt commandant Massoud, figure emblématique de l'Alliance du Nord hostile aux talibans, avait terminé deuxième à la présidentielle de 2009 derrière le puissant sortant Hamid Karzaï, seul homme à avoir dirigé le pays depuis la chute du pouvoir islamiste à la suite de l'intervention militaire occidentale.

La Constitution interdit à M. Karzaï de briguer un troisième mandat, ouvrant de nouvelles perspectives à Abdullah, 53 ans et qui fut son ministre des Affaires étrangères au début des années 2000.

Ce dernier s'est lancé cette semaine à la rencontre des électeurs. Mardi, son clan a ainsi quitté la capitale Kaboul dans un convoi d'une vingtaine de véhicules et de jeep blindés roulant à tombeau ouvert pour un premier meeting à Jalalabad, principale ville de l'est afghan.

La région est dominée par les Pachtounes, la plus grande ethnie du pays, également dominante au sud et a priori tout sauf acquise à Abdullah, considéré comme le candidat vedette des Tadjiks du nord.

Des milliers de personnes sont malgré tout présentes ce jour là au rassemblement du "candidat Abdullah", gonflé à bloc à quelques semaines du scrutin du 5 avril.

"Ma stratégie consiste à remporter la victoire dès le premier tour", confie à l'AFP M. Abdullah en marge de son rallye, un scénario qui laisse perplexes les observateurs de ce scrutin à onze prétendants et dans un pays où chaque ethnie (il y en a plus de cinq) a tendance à se replier sur le candidat issu de ses rangs.

En 2009, M. Abdullah avait réussi sa campagne et créé la surprise en remportant 30% des voix, contre 49% à M. Karzaï. Mais il s'était retiré du second tour -- qu'il n'aurait de toute façon pas remporté selon les observateurs -- en dénonçant des fraudes massives.

"Le président Karzaï était au pouvoir. Il a utilisé l'appareil d'Etat pour doper les votes en sa faveur. En ce sens, il n'a pas vraiment remporté l'élection", souligne M. Abdullah, barbe poivre et sel, aux allures de séducteur.

- Le vote 'fantôme' -

Qui est son principal rival cette année? L'ancien ministre des Finances Ashraf Ghani, l'ex-ministre des Affaires étrangères Zalmaï Rassoul, ou Qayum Karzaï, le frère du président?

Abdullah Abdullah esquive et dit surtout craindre les "fantômes", ces bureaux de scrutin des zones dangereuses du pays où des forces obscures peuvent bourrer les urnes à l'abri des regards indiscrets.

Le ministère afghan de l'Intérieur a expliqué cette semaine qu'environ 390 des 6.645 bureaux de vote prévus ne seraient pas ouverts en raison de l'insécurité, principalement dans des zones du sud et de l'est très infiltrées par les talibans qui boycottent ce scrutin et menacent de l'attaquer.

"Les principales fraudes surviennent toujours dans les endroits où la sécurité n'est pas bonne. Les autorités compétentes doivent indiquer les endroits où il n'est pas possible de tenir un scrutin" et y annuler le vote, estime M. Abdullah.

Ces zones sont à dominante pachtoune, comme les principaux rivaux de M. Abdullah, même si celui-ci, né d'un père pachtoune et d'une mère tadjike, aime à se présenter comme dépassant ces clivages.

Tous les candidats à la présidentielle, y compris Abdullah Abdullah, mènent leur campagne en marchant sur des oeufs craignant d'être la cible des insurgés. "Le ministère de l'Intérieur fait de son mieux (pour assurer notre sécurité), je n'ai aucun doute à ce propos, mais la situation reste complexe", soutient M. Abdullah.

A Jalalabad, il promet pêle-mêle de résoudre les principaux problèmes de ce pays déchiré par plus de trois décennies de guerre: ramener l'unité et la sécurité, freiner la corruption endémique, renforcer l'état de droit et multiplier les projets de développement malgré des finances publiques quasi-exsangues.

Le discours séduit Usna, une étudiante en droit de 18 ans, qui votera pour la première fois lors de ce scrutin, et espère voir les femmes afghanes se présenter en masse aux bureaux de vote.

"Nous sommes la moitié du pays et nous devons nous prévaloir de notre droit de vote", dit-elle. Au rallye du candidat Abdullah, elles n'étaient toutefois qu'une trentaine de femmes perdue dans une foule de milliers de personnes.

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