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A Bruxelles, faire analyser son ecstasy au début de la nuit

19/02/2014 03:46 EST | Actualisé 20/04/2014 05:12 EDT

Soirée DJ ce vendredi dans les locaux de l'association Modus Fiesta, près de Saint-Géry, le centre noctambule de Bruxelles. Parmi la trentaine de jeunes passés y boire une bière, des usagers d'ecstasy ou autres psychotropes sont venus ici pour tester la qualité de leur drogue.

Evoluant parmi les groupes, Bérénice Libois, une travailleuse social, est prête à guider les usagers pour faire analyser leur substance au sous-sol, où attend un chimiste. L'anonymat des visiteurs est respecté. "On ne parle pas de la consommation ni de la situation des autres", précise un écriteau sur le mur.

Le dispositif, unique en Belgique, permet aux intéressés de disposer, en une heure et gratuitement, d'une première analyse des substances actives dans leurs poudres ou comprimés, susceptible de les rassurer à la fois sur la sécurité, et l'efficacité de leur prise.

"Nous sommes dans une démarche non-jugeante, notre finalité, sauf si l'usager le demande, n'est pas de faire arrêter la consommation", mais d'éviter qu'elle ne tourne à la catastrophe, relève un des responsables de l'association, David Leclerq.

Chez Modus Fiesta, pas d'accès aux tests sans discussion avec les animateurs pour passer en revue les précautions à prendre, afin d'éviter surdose, coma, viols ou accidents de la route. Un questionnaire à remplir détaille aussi les effets indésirables possibles, des "hallucinations" à la "parano" en passant par "l'agressivité".

- Réduire les risques -

Si le test révèle la présence de composants inconnus, ou que quelque chose cloche, les pilules sont renvoyées pour plus ample examen au laboratoire de l'Institut de santé publique.

Au côté de la police et des parquets, l'association a ainsi été en 2013 à l'origine de la moitié des 13 alertes précoces aux produits à risques lancées en Belgique et relayées au niveau européen.

Leur but, "faire remonter l'information le plus vite possible aux usagers et personnes travaillant avec eux", qu'ils soient propriétaires de discothèques ou urgentistes, explique Catherine Van Huyck, la directrice de l'association.

En janvier, Modus Fiesta s'est retrouvé sous les projecteurs médiatiques pour avoir détecté des pilules d'ecstasy surdosées. Une publicité dont l'association se serait bien passé tant elle a conscience de travailler en permanence sur un fil.

"En 2000, nous avons dû cesser nos activités pendant deux ans, car un ministre nous accusait d'être une officine dispensant un +label de qualité+", se souvient la directrice de l'association,

"C'est évidemment faux, les tests sont avant tout outil de contact, un élément d'un dispositif global de réduction des risques", souligne-t-elle.

Depuis, le soutien public a repris, avec une subvention annuelle de quelque 40.000 euros de la communauté française de Wallonie (la partie francophone de la Belgique), et une coopération avec les autorités évitant notamment que la police n'intercepte ceux qui poussent la porte de Modus Fiesta.

En 2010, une évaluation du service menée par l'Ecole de santé publique avait conclu qu'il n'était "vraisemblablement pas incitatif" mais permettait aux personnes y recourant de "consommer différemment" en "prenant conscience de la dangerosité" des produits.

Au fil des soirées, la fréquentation varie, surtout des hommes, de 20 à 30 ans. Ils se sont souvent fournis sur le net, où le comprimé se vend à quatre ou cinq euros, quand ils n'ont pas "joué aux petits chimistes" pour préparer leurs propres doses, selon M. Leclerq.

"Cela va de l'usager occasionnel au consommateur régulier", dont près de 200 ont d'ailleurs été formés par l'association pour l'aider à son travail d'information et de collecte, dans un milieu où le bouche à oreille fonctionne à plein.

Ciblant les usagers de substances récréatives, dont la consommation a explosé dans les années 90, l'association intervient aussi directement en milieu festif.

Mais tester et informer sur les innombrables festivals de l'été belge est compliqué, requérant l'autorisation des organisateurs et l'aval à chaque fois des pouvoirs locaux, qui ne soutiennent pas toujours l'approche, notamment dans la partie flamande du pays.

Dans toute l'Europe, les dispositifs de réduction des risques visant les usagers de drogue et toxicomanes --tests, salles de shoot, distribution de matériel d'injection ou inhalation-- peinent de fait à se généraliser, quand ils ne sont pas interdits, accusés de faciliter la consommation de produits illicites.

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