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Un massacre des sangliers en Lituanie pour stopper la peste porcine

13/02/2014 12:15 EST | Actualisé 14/04/2014 05:12 EDT

Dans le froid vif et pénétrant de l'hiver lituanien, un chasseur hissé sur un mirador d'affût en bois braque son arme sur un sanglier qui cherche de la nourriture sous la neige, une trentaine de mètres plus loin.

Un brusque coup de feu éclate et la proie, une laie enceinte, s'effondre dans la neige maculée de sang.

Une chasse massive aux sangliers est ouverte en Lituanie, avec pour objectif d'arrêter le virus de la peste porcine africaine qui a déjà provoqué l'interdiction par la Russie des importations de porc de toute l'Union européenne.

Mais il est à craindre en Lituanie que tuer 90% des sangliers, dont la population est estimée à 60.000 dans ce pays balte, n'aille bouleverser le fragile équilibre de la chaîne alimentaire de la faune.

"On se sent mal en tuant une laie avec ses petits, mais nous y sommes obligés, étant donné les conséquences possibles", déclare Aurimas Trunce, chef d'un club de chasse dans le sud du pays.

Le gouvernement lituanien a déclaré fin janvier un état d'urgence dans les régions frontalières avec le Belarus, qui selon Vilnius est la source de l'épidémie de peste porcine africaine.

Tous les sangliers chassés dans ces régions qui sont également proches de la Pologne seront incinérés si les tests devaient prouver la présence du virus. Celui-ci est inoffensif pour l'homme, mais mortel pour les porcins et sans remède connu.

La Commission européenne a appelé le 31 janvier la Russie à lever l'embargo "disproportionné" qu'elle a imposé sur les produits porcins de l'UE en réaction à la détection de cas de fièvre porcine africaine en Lituanie.

La Russie absorbe un quart des exportations européennes de produits porcins, provenant en priorité des Pays-Bas, d'Allemagne et du Danemark, pour une valeur totale annuelle de 1,4 milliard d'euros.

Mais la Lituanie a été visée en premier lieu. "Notre agriculture va subir d'énormes pertes, si nous ne parvenons pas à résoudre le problème", a averti le Premier ministre lituanien Algirdas Butkevicius.

Course contre la montre

Membre de l'UE depuis 2004, la Lituanie a imposé un embargo temporaire sur le transport des porcins sur pied en provenance des zones affectées et prend en compte aussi un abattage.

Les responsables des services vétérinaires qui supervisent la chasse aux sangliers parlent d'une course contre la montre: l'arrivée du printemps accélérera la propagation du virus, avec le retour des oiseaux migrateurs, porteurs d'acariens.

Mais les écologistes tirent la sonnette d'alarme. Selon des experts, une quasi-extermination des sangliers poussera les prédateurs qui s'en nourrissent, des loups en premier lieu, à décimer la population des chevreuils et des cerfs.

"Ils traitent les sangliers comme on traite les chiens errants à Sotchi, les deux sont totalement éliminés", s'insurge un militant écologique, Andrejus Gaidamavicius, en référence à l'abattage massif de chiens à Sotchi en Russie, dans le cadre des préparatifs aux Jeux Olympiques.

Selon le militant, la population des sangliers pourrait être contrôlée si les chasseurs cessaient de les nourrir excessivement en hiver, et les animaux plus forts pourraient s'immuniser contre le virus.

"C'est scandaleux que la chasse soit également autorisée dans les réserves naturelles", dit-il à l'AFP.

Des experts de l'UE et de l'ONU admettent qu'une chasse excessive risque d'avoir un autre effet secondaire: elle peut pousser certains animaux à se déplacer pour en échapper, stimulant ainsi la propagation du virus.

Dans le but d'enrayer la migration de sangliers infectés du territoire bélarusse, Vilnius a demandé à Bruxelles de cofinancer l'installation d'une clôture le long de sa frontière du sud-est.

Cependant, sur près de 1.500 sangliers chassés en janvier en Lituanie, seulement deux ont été testé positifs au virus, selon les services vétérinaires nationaux.

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