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Trois films de la Berlinale jettent une lumière nouvelle sur l'Holocauste

13/02/2014 01:33 EST | Actualisé 15/04/2014 05:12 EDT

Trois films présentés à la Berlinale, exploitant d'anciens documents longtemps disparus, jettent une lumière nouvelle sur l'Holocauste, de l'horreur des camps à la vie privée de l'un des grands architectes de la "Solution finale".

Alors que 2014 marque le 75e anniversaire du début de la Seconde Guerre mondiale, le festival de cinéma apporte un éclairage supplémentaire sur le chapître le plus sombre de l'histoire allemande.

Un film, sobrement intitulé "Rapport factuel sur les camps de concentration", offre un regard impitoyable sur les atrocités commises à Bergen-Belsen, Buchenwald et Auschwitz.

Les images qui avaient été tournées par les troupes britanniques, américaines et soviétiques avant de disparaître dans les archives, sont insoutenables et témoignent de l'échelle industrielle de la "Solution finale".

"C'est difficilement concevable pour un esprit humain normal, j'ai vu l'enfer", raconte un ancien combattant britannique, qui plusieurs décennies après, retient ses larmes dans une interview du film "Night Will fall" (la Nuit va tomber) qui revient sur l'origine de ce "Rapport factuel" et sur sa destinée après la guerre.

Le tournage avait débuté alors que les combats pour libérer l'Europe faisaient toujours rage mais le film dans son ensemble fut, avant même la fin de l'année 1945, mis de côté par le gouvernement britannique.

"Night will fall" fait découvrir au spectateur la figure de Sidney Bernstein, chef de la cellule britannique de guerre psychologique, qui avec ses images souhaitait, raconte la voix off du documentaire, "donner une leçon à l'humanité toute entière", faisant même appel aux conseils d'Alfred Hitchcock lors de la post-production.

Bernstein "avait anticipé que certains nieraient plus tard l'ampleur des atrocités", a souligné après une des projections de la Berlinale, Toby Haggith, le conservateur du musée impérial de la guerre, dont l'équipe a entièrement restauré les images.

"Ce genre de film devrait être montré tous les 25 ans, à chaque nouvelle génération", a déclaré Branko Lustig, 81 ans, survivant des camps originaire de Croatie et producteur de films, notamment "La liste de Schindler".

Certaines des séquences du "Rapport factuel" ont été utilisées comme preuves lors des procès de Nuremberg et des versions plus courtes ont également été diffusées plus tard mais la plus grande partie du documentaire tel qu'il avait été conçu par Bernstein en 1945 n'avait jamais été rendue publique.

- "Un bon mari si malfaisant" -

André Singer qui a réalisé "Night Will Fall" livre plusieurs explications, parmi lesquelles l'évolution du contexte géopolitique tourné vers la menace que représentait l'URSS, ou le besoin des Alliés de s'assurer de la coopération de la population de l'Allemagne occupée.

Le film avait "raté son moment", a estimé M. Haggith.

Différent mais complémentaire, un troisième documentaire de la Berlinale, "Der Anständige" ("L'honnête homme") présente un regard intime sur le chef de la SS et de la Gestapo, Heinrich Himmler, grâce aux centaines de lettres qu'il échangeait avec sa femme, ses enfants ou sa maîtresse, ainsi que des journaux intimes et des photos.

Couvrant la période 1927-1945, ces documents ont récemment refait surface à Tel Aviv, après un parcours obscur.

Dans la correspondance qui fait l'objet de plusieurs projets de livres et d'articles, Himmler s'adresse à sa femme Marga, de sept ans son aînée et antisémite convaincue comme lui, en lui écrivant "ma bonne et pure épouse".

"Je suis heureuse d'avoir un bon mari si malfaisant qui aime sa femme malfaisante autant qu'elle l'aime", lui répond-elle. Les lettres comptent peu de références à l'Holocauste, juste des allusions comme cette dernière, glaçante: "En route pour Auschwitz. Baisers, ton Heini".

Elles dépeignent un homme dépourvu d'empathie et entièrement dévoué à sa cause. "Heinrich Himmler n'était pas un personnage à la Docteur Jeckyll et Mr Hyde", a souligné la réalisatrice du documentaire, Vanessa Lapa à l'AFP. "Je crois qu'en privé ou en public, c'était une seule et même personne".

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