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Mariage de géants dans le câble américain entre Comcast et Time Warner Cable

13/02/2014 10:57 EST | Actualisé 15/04/2014 05:12 EDT

Les deux premiers câblo-opérateurs américains, Comcast et Time Warner Cable (TWC), ont annoncé jeudi leur intention de fusionner pour créer un nouveau géant du secteur, un projet dont l'envergure risque toutefois de soulever des objections des autorités de la concurrence.

La transaction est amicale et prendra la forme d'un rachat de TWC par Comcast pour 45,2 milliards de dollars en actions, soit 23% de son capital. En ajoutant la reprise de dette, TWC est valorisé à 66,9 milliards.

Cela devrait permettre à Comcast de souffler TWC au numéro 4 du secteur, Charter Communications, qui avait officialisé mi-janvier une offre à environ 60 milliards de dollars, dette incluse. TWC l'avait rejetée, estimant que le prix était trop bas et prévenant à plusieurs reprises qu'il n'avait pas l'intention de "laisser Charter voler l'entreprise".

- Avantages d'échelle -

Le rapprochement de Comcast et TWC donnera naissance à un groupe de 86,8 milliards de dollars de chiffre d'affaires, aux activités couvrant à la fois l'internet à haut débit, la télévision et les services de télécommunication.

Ce sont "des activités où l'échelle compte, et les consommateurs seront gagnants", a assuré le PDG de TWC, Robert Marcus, lors d'une téléconférence avec des analystes.

L'opération "va bénéficier à des millions de consommateurs, en accélérant le déploiement de technologies avancées et le développement de nouveaux services innovants", a aussi affirmé le PDG de Comcast, Brian Roberts.

Il a notamment fait miroiter "de la vidéo de qualité techniquement supérieure et du plus haut débit" internet pour les clients de TWC, et souligné que le financement en actions ne fragilisait pas les finances du nouvel ensemble et même "améliorait notre capacité à investir de manière importante dans notre activité".

Comcast voit aussi des opportunités d'économies substantielles, évaluées à environ 1,5 milliard de dollars dans les trois ans après la concrétisation de l'opération, dont la moitié dès la première année.

- Un "caïd" trop puissant ? -

TWC fournit des services de télévision câblée et d'internet à 11 millions de clients aux Etats-Unis, en particulier dans des zones urbaines riches comme New York, le sud de la Californie ou le Texas par exemple.

Comcast pointe à 22 millions d'abonnés. Il s'est aussi diversifié ces dernières années dans les médias en prenant le contrôle intégral de NBCUniversal, ses chaînes de télévision et ses studios de production.

La perspective d'un nouveau gain d'influence de ce poids lourd fait déjà grincer des dents: John Bergmayer, avocat de l'association de défense des consommateurs Public Knowledge, a appelé les régulateurs à interdire le mariage.

"Un Comcast élargi serait le caïd dans la cour de récréation, capable de dicter ses conditions aux créateurs de contenus, aux entreprises internet, aux autres réseaux de communication qui doivent interagir avec lui, et aux distributeurs qui doivent accéder à ses contenus", a-t-il dénoncé, estimant qu'au final cela "augmenterait les coûts pour les consommateurs".

- Conditions à prévoir -

Bien conscients des obstacles à franchir, Comcast et TWC se donnent un long délai, probablement jusqu'à la fin de l'année, pour consommer leur mariage.

Ils n'ont pas non plus perdu de temps pour marteler que leur rapprochement "ne réduira la concurrence sur aucun marché", M. Roberts soulignant que sur les 50 grandes zones géographiques où les deux groupes sont présents, leurs zones de couverture n'ont "aucun code postal en commun".

"Comcast n'est pas en concurrence avec TWC, cela joue en leur faveur", estime l'analyste indépendant Jeff Kagan, pour qui l'opération devrait être "faisable" avec "la cession d'une partie des clients".

Comcast s'est d'ailleurs déjà dit prêt à rétrocéder à un portefeuille de 3 millions d'abonnés, qui pourraient servir de lot de consolation à Charter.

La banque RBC envisage aussi dans une note que les régulateurs posent des conditions à l'opération pour remédier à "des inquiétudes potentielles" sur l'influence du nouveau groupe dans les négociations sur la diffusion et la retransmission des contenus vidéo.

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