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Le gouvernement suspendu à une lutte fratricide au sein de la gauche italienne

13/02/2014 05:00 EST | Actualisé 14/04/2014 05:12 EDT

La direction du Parti démocrate, principale formation de gauche d'Italie, se réunit jeudi à Rome pour départager l'actuel chef du gouvernement Enrico Letta, bien décidé à continuer à diriger le pays, et l'ambitieux dirigeant de son parti, Matteo Renzi, impatient de prendre sa place.

"C'est la bataille finale. On est au dernier round du match entre Enrico Letta et Matteo Renzi. Et si la direction du PD confirmera les critiques au gouvernement, le président du Conseil devra en prendre acte", écrit dans son éditorial le journal de gauche La Repubblica, proche du PD.

Alors que toute la presse italienne considérait son départ comme imminent, M. Letta a renversé la situation mercredi soir en présentant au cours d'une conférence de presse un programme de gouvernement et en défiant ouvertement son adversaire.

"Je suis un homme des institutions", a déclaré M.Letta, ajoutant "rompre mon action au service du pays ne fait pas partie de mon ADN".

Dans une allusion à Matteo Renzi, il a ajouté: "chacun doit assumer ses responsabilités. Chacun, surtout celui qui convoite mon poste, doit le faire au grand jour, en mettant cartes sur table".

On ne démissionne pas à cause de "manoeuvres de palais", a-t-il martelé, rappelant que "les gouvernements naissent au Parlement".

Cette prise de position d'Enrico Letta a, semble-t-il, fortement irrité Matteo Renzi qui espérait que le chef du gouvernement démissionnerait de manière spontanée pour lui céder la place.

"Letta défie Renzi: je ne pars pas", titre La Stampa, "Letta relance mais Renzi veut sa démission", écrit le Corriere della Sera tandis que pour La Repubblica, "Renzi ne cède pas, Letta va vers la démission".

"Le dernier acte de Letta est une gifle à Renzi", titrait dans son éditorial Stefano Folli du quotidien des milieux économiques Il Sole 24 Ore.

Matteo Renzi, le fringant maire de Florence (39 ans), a multiplié les attaques contre l'exécutif Letta depuis son arrivée à la tête du PD en décembre dernier, lui reprochant lenteur et manque de détermination.

Enrico Letta, qui se débat pour sortir le pays de la crise, reproche en revanche à son adversaire de l'avoir "trahi". Selon les médias, un accord tacite entre les deux prévoyait que le chef du PD soutienne loyalement le chef du gouvernement jusqu'au moins la fin de l'année 2014.

"Jeux dangereux", titre le Corriere della Sera en soulignant que Matteo Renzi prend de gros risques en arrivant à la tête du gouvernement "sans avoir jamais participé ni remporté une compétition électorale nationale et sans être même élu au Parlement".

Le maire de Florence est arrivé à la tête du PD à l'issue de primaires auxquelles ont participé les électeurs de gauche et n'a jamais siégé au Parlement national.

Giovanni Orsina, professeur de Sciences politiques à l'Université Luiss de Rome estime aussi que la légitimité de Matteo Renzi sera entachée, faute d'avoir été obtenue dans les urnes.

Mais "qui fait de la politique doit être assoiffé de pouvoir", raisonne M. Orsina cité par le journal La Stampa, estimant que "le dualisme Renzi-Letta est devenu depuis quelques semaines un énième facteur de paralysie politique".

La direction du PD, environ 140 personnes, devra trancher ce duel fratricide à partir de 14H00 GMT, alors que le parti souffre déjà de ses divisions internes et luttes intestines qui ont empoisonné son activité ces derniers mois.

"Ce n'est que la dernière d'une série de décisions impossibles et potentiellement suicidaires que les démocrates devront prendre. Je voudrais inviter les dirigeants du parti à la sérénité avant le moment fatidique. Quel que soit le choix qu'ils feront, ce sera le mauvais choix", commente ironiquement l'écrivain et éditorialiste de La Stampa Massimo Gramellini.

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