POLITIQUE

Commission Charbonneau: Eugène Arsenault savait que le syndicaliste Gérard Cyr touchait des pots-de-vin

13/02/2014 10:34 EST | Actualisé 15/04/2014 05:12 EDT
CEIC

Eugène Arsenault, dont le nom est ressorti mercredi en marge des allégations portées par Serge Larouche contre le syndicaliste Gérard Cyr, confirme que le PDG de Ganotec lui avait confié en 2005 que Léopold Gagnon, alors patron de l'entreprise, versait de l'argent comptant au président de l'International.

Un texte de Bernard Leduc

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Lire aussi : Le PDG de Ganotec défend mordicus sa version des faits sur Gérard Cyr

M. Arsenault, consultant en relations du travail chez Ganotec, qui dit avoir alors été « estomaqué », admet qu'il n'a pas posé de questions, notamment sur les montants versés.

« Juste digéré ça, c'était déjà pas pire », a-t-il soutenu, ajoutant n'avoir appris qu'hier, lors du témoignage de M. Larouche, « les montants exacts », soit 1,2 million $ entre 2000 et 2006.

Eugène Arsenault affirme qu'en fait, il aimait mieux ne pas en savoir trop. Il n'en a d'ailleurs jamais parlé avec M. Gagnon, dont il connaissait incidement l'amitié avec M. Cyr.

Mais il avait cependant alors compris le sens général de l'entente monétaire, soit assurer le bon fonctionnement des chantiers de Ganotec sur lesquels se trouvaient les travailleurs de l'International. Il dit d'ailleurs que les relations entre les travailleurs syndiqués de Mé Cyr et Ganotec étaient meilleures que celles qu'il avait connues alors qu'il œuvrait chez CNC.

Il admet par ailleurs avoir, une fois, remis une enveloppe, probablement pleine d'argent, qu'il lui avait été transmise par Marco Bourguoin, un ami de Louis-Pierre Lafortune. M. Larouche a précisé hier que c'est ce dernier qui lui fournissait, par une système de fausses factures, l'argent liquide nécessaire pour payer M. Cyr.

Une amitié connue entre Gagnon et Cyr

M. Arsenault a affirmé qu'il savait en 2000, au moment de son embauche, que le président de l'entreprise, Léopold Gagnon, était un ami de Gérard Cyr, alors président de l'International et patron du local 144.

Il n'a donc pas été étonné qu'à la recherche d'un emploi, à l'époque, après son départ de la compagnie CNC, M. Cyr le convoque à une rencontre au local du 144 lors de laquelle ce dernier lui fera miroiter les mérites de Ganotec.  M. Arsenault ne peut confirmer si les deux hommes s'étaient parlé auparavant de son éventuelle venue chez Ganotec.

Il rencontrera peu après M. Gagnon pour lui offrir ses services et est rapidement nommé directeur du bureau montréalais de Ganotec, où il s'occupe avant tout de pétrochimie.

Grenouillage autour de la vente de Ganotec

M. Arsenault a expliqué qu'en 2006, avant même que Ganotec n'ait laissé filtrer une quelconque rumeur sur sa mise en vente éventuelle, il a été approché par Jocelyn Dupuis, alors directeur général de la FTQ- Construction, qui lui a fait une offre. M. Dupuis a expliqué que le Fonds de solidarité, avec Tony Accurso (Louisbourg), serait intéressé à l'acheter.

Mais selon M. Arsenault, M. Gagnon n'était pas intéressé à faire affaire avec le Fonds.

Quelque temps plus tard, il accueillera cependant favorablement une proposition d'achat de Kiewit, bien qu'inférieure de 15 % à 20 % à celle de Louisbourg et du Fonds FTQ.

M. Gagnon fera cependant volte-face et tentera de faire jouer sa clause de blocage pour empêcher la vente, au plus grand désarroi de M. Arsenault qui dit ne jamais avoir compris pourquoi.

Gérard Cyr interviendra alors en faveur de M. Gagnon et M. Arsenault soutient qu'on lui a fait savoir qu'il pourrait avoir des « problèmes de main-d'oeuvre » si on ne suivait pas l'idée de M. Gagnon.

La procureur en chef Sonia LeBel avance que M. Cyr craignait peut-être de perdre sa vache à lait, une hypothèse qu'il estime plausible, du bout des lèvres.

Ganotec sera malgré tout vendu à Kiewit en juin 2007.

Lorsque Ganotec a été vendu à Kiewit, M. Arsenault était alors le 2e propriétaire en importance, derrière Serge Larouche et à égalité avec Léopold Gagnon.

Allégations de pots-de-vin pour Gérard Cyr

M. Larouche affirme avoir versé environ 1,2 million de dollars entre 2000 et 2006 à Gérard Cyr, alors président du CPQMC-International et patron du local 144.

Selon le PDG de Ganotec, M. Cyr aurait justifié ces paiements en lui faisant notamment valoir qu'il avait présenté à Ganotec M. Arsenault, dont l'expertise reconnue dans les raffineries leur rapportait nombre de contrats.

« J'ai compris que Gérard mettait en valeur le fait qu'il avait agi comme un lobbyiste dans l'arrivée d'Eugène chez Ganotec », a-t-il dit, ajoutant qu'il s'agissait sinon d'une façon de protéger la compagnie contre M. Cyr, dont les travailleurs étaient sur les chantiers de Ganotec.

Cependant, selon M. Larouche, M. Arsenault ne savait pas, avant 2004 ou 2005, que de telles sommes étaient versées en argent comptant à M. Cyr. Il n'a pas paru surpris lorsqu'il le lui a appris, a-t-il par ailleurs précisé. M. Larouche a reconnu l'impact fort positif de l'arrivée de M. Arsenault sur les affaires de Ganotec.

L'homme l'a par contre dirigé vers Louis-Pierre Lafortune de Fortier Transfert, vers 2001-2002, lorsqu'il lui a confié, sans plus de détails, ses besoins en argent liquide.

M. Lafortune lui a alors fourni des services de fausse facturation par l'entremise d'entreprises sous la coupe de Normand Dubois, un homme qui était au coeur d'un système de fausse facturation.

M. Larouche a expliqué que M. Lafortune se prenait une commission de 10 % sur l'opération.

Le nom d'Eugène Arsenault était déjà apparu dans le témoignage de Ken Pereira. L'ex-syndicaliste a indiqué à la commission qu'il était un bon ami de Jocelyn Dupuis.

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