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Une charte de la laïcité dans une usine française

12/02/2014 04:30 EST | Actualisé 13/04/2014 05:12 EDT

Alors que le débat sur la charte des valeurs fait rage au Québec, en France, une grande entreprise privée vient d'introduire une charte de la laïcité à l'usage de ses employés. Une initiative qui ne manquera pas de provoquer des remous.

Un texte de Alexandra Szacka Twitter Courriel

Jean-Luc Petithugenin est ce qu'on appelle en France un « laïcard ». Cet homme d'affaires, descendant de huguenots français dont les ancêtres, protestants, ont dû s'exiler pour fuir les persécutions religieuses au 17e siècle, est convaincu que la seule façon de vivre ensemble pour des gens venus d'horizons ethniques et religieux différents est de l'afficher le moins possible.

C'est pourquoi il a décidé, il y a quelques mois, de rédiger une charte à l'usage de ses 4000 employés de 52 nationalités différentes qui travaillent chez Paprec, une société qu'il a fondée il y a 20 ans, aujourd'hui leader du recyclage en France. Depuis quelques jours, la « Charte de la laïcité et de la diversité » est affichée dans chacune de ses 50 usines de récupération à travers le pays.

Un préambule, qui rappelle les fondements laïques de la République française, est suivi de huit points, dont l'application est dorénavant obligatoire. Ils stipulent que :

  • l'entreprise est un lieu neutre;
  • nul ne doit y manifester ses convictions politiques ou religieuses;
  • porter des signes religieux ostentatoires est interdit;
  • refuser une tâche à cause de ses croyances est aussi interdit.

Jean-Luc Petithuguenin est particulièrement fier du fait que l'ensemble de ses employés ont approuvé la charte. « À 100% » dit-il. Il aurait procédé à une large consultation auprès des chefs de sections, des syndicats présents dans ses différentes usines, ainsi qu'auprès des employés individuels.

La demi-douzaine de travailleurs et représentants syndicaux à qui nous avons parlé, sur deux sites en banlieue de Paris, étaient en effet unanimes. S'il n'y a jamais eu de véritables frictions en raison de la religion des uns ou des autres, il faudrait éviter qu'il y en ait dans le futur.

Le président fondateur de Paprec ne s'en cache pas. Le jugement de la Cour d'appel de Paris, l'automne dernier, donnant raison à une directrice de garderie privée qui a interdit le port du voile par une employée, lui a donné l'idée de la charte. Il faut introduire dans le secteur privé les règles de la laïcité qui prévalent dans le secteur public, dit-il.

Et il est bien conscient que, tôt ou tard, il pourra à son tour se retrouver devant les tribunaux si une femme voilée, par exemple, dénonce qu'il y a discrimination à l'embauche, puisque les règles de l'entreprise l'obligent à ôter son voile. « On est préparé à un combat pour la laïcité en entreprise. Ce combat est soutenu par un tas de chefs d'entreprises en France » dit-il. C'est ce qu'on verra au cours des prochains mois.

Jean-Luc Petithuguenin est maintenant en train de regarder du côté du Québec, où il aimerait bien faire une ou deux acquisitions. Appliquera-t-il la même charte dans ses entreprises québécoises? « Non, dit-il. La charte est à l'usage exclusif des usines françaises. Mes quatre usines suisses n'y sont pas soumises. Je respecte les lois et les coutumes des pays où je m'installe. »

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