DIVERTISSEMENT

Sur la route de <em>Martel</em> avec Jay Malinowski

12/02/2014 08:46 EST | Actualisé 12/02/2014 11:50 EST
Jean-François Cyr

On connaît Jay Malinowski notamment pour sa présence comme chanteur dans le groupe Bedouin Soundclash, qui a laissé une marque importante dans la musique canadienne au cours de la dernière décennie. Il a aussi fait paraître un album solo en 2010 intitulé Bright Lights and Bruises et un EP avec Armistice en 2011, projet qu’il a fondé avec Cœur de pirate, une ancienne flamme. Aujourd’hui, Malinowsky propose un projet personnel et soigné intitulé Martel, qui nous immerge dans le monde de ses ancêtres, en particulier dans celui d’un marin francophone ayant migré de l’Europe au Canada.

Accompagné des musiciens de The Deadcoast [nouveau nom donné pour l’occasion au groupe The End Tree, un ensemble à cordes contemporain de la Colombie-Britannique composé d’Aiden Brant Briscall, Martin Reisle et Elliot Vaughan], Jay Malinowski part grosso modo sur les traces de cet homme appelé Charles Martel. Résultat: un voyage musical et identitaire de l’Europe à l'Amérique qui fait découvrir des musiques d’ambiance pour la plupart réussies. Mélodiques, prenantes, atmosphériques, elles évoquent plus qu’elles n’expliquent les lieux ou les villes servant d’inspiration à Malinowsky. À vrai dire, elles donnent souvent l’impression de sortir tout droit de la trame sonore d’un film.

Cet album ambitieux provient donc d’une démarche fort originale. Il a d’ailleurs la qualité de son défaut, à savoir qu’il nous absorbe dans un univers conceptuel qui peut nous séduire autant qu’il peut nous submerger, voire nous noyer. Tout dépendra de votre disponibilité à recevoir un tel univers décomposé en 18 petits mondes. Ces chansons sont généralement guidées par un joli piano et habillées par le jeu des cordes: chansons françaises, musique traditionnelle de l’Est canadien, orchestre de chambre, jazz, Cajun et blues sont mélangés aux ambiances pop.

Métaphore

« Le concept est si imposant que je n’avais guère le choix de proposer quelque chose d’envergure pour le visuel en général, raconte Malinowsky en entrevue. Cette carte dessinée à l’intérieur de la pochette (très jolie en noir et blanc) est un exemple. Je voulais créer l’idée que Martel [sorte d’esprit, c’est un personnage, un ancêtre qui sert d’inspiration pour le projet] avait voyagé de l’Atlantique au Pacifique, à partir de la Cuesta de la Muerte [Deadcoast ou la Côte de la mort] en Espagne jusqu’à la Colombie-Britannique, au Canada. »

« En fait, Martel n’a pas vraiment visité tous ces endroits, poursuit-il. Il s’est davantage concentré dans l’Est du Canada. C’est un symbole pour tous ces marins qui parcourent le monde. Je me suis même inspiré de mes propres expériences. Je pense que c’est davantage le souvenir qui compte. L’expérience humaine se partage dans le temps, mais elle n’est pas attachée à une logique précise. C’est ce que j’aime bien de l’océan. Elle me sert de métaphore de ce qu’on a vécu. Des faits submergés durant longtemps peuvent refaire surface… Charles Martel est donc un point de départ à un projet personnel que je qualifie de voyage introspectif. C’est un effort artistique et émotionnel qui m’a stimulé. La vraie histoire de Charles Martel est un brin plus simple. Originaire de Lyon en France, il est venu au Canada en 1757. Mon grand-père a donc grandi au pays. »

Le chemin du chanteur

Les 18 morceaux de l’album Martel se sont développés au cours des trois dernières années. Cela dit, la plupart des pièces auraient été écrites en six mois : « J’ai commencé à exploiter ce concept quand j’étais encore à Toronto (il a déménagé en 2011 à Vancouver, où habite la majeure partie de sa famille), mais ça ne s’est pas matérialisé, explique Malinowsky. En Colombie-Britannique, je croyais que j’en avais fini avec la musique. Je ne me retrouvais plus dans cet univers. Je ne comprenais plus mon rôle dans cette carrière. Je dois dire que beaucoup de choses m’ont déçu dans l’industrie de la musique… Bref, j’ai réfléchi longuement. J’ai acheté une maison à Vancouver, profité de ma famille et passé un moment à autre chose. Puis, l’idée de Martel est finalement revenue. Je me suis remis. Et au fond, j’en suis bien heureux. Ça m’a fait du bien ce projet. »

« J’aime l’idée derrière la force de caractère de Charles Martel, qui a combattu à la guerre, qui a migré et tout fait pour survivre. Son chemin m’a inspiré. »

L’album Martel est sorti le 11 février sous l’étiquette Pirates Blend Record Inc/Sony Music Canada.

Jay Malinowski & the Deadcoast seront de passage au Lion d’Or à Montréal le 5 avril, dans le cadre de la tournée Meet Me At The Gate. Le guitariste et chanteur montréalais Patrick Krief (The Dears) fera partie de l’équipe de musiciens qui sera complétée par ceux de The Deadcoast.

Fait sympathique à noter, le site web interactif www.whoismartel.com abrite un coffre aux trésors rempli d’éléments visuels et sonores de Martel, incluant le clip lyrique du premier extrait, Patience Phipps (beau morceau), une vidéo en noir et blanc pour Tall Shadow From Saint-Malo, ainsi que le récit accompagnant l’album, esquisses conçues par Malinowski et créées dans l’esprit de Martel.

Notons que le groupe Bedouin Soundclash est en pause. Jay Malinowsky serait toutefois disposé à reprendre le collier avec ses collègues musiciens, qui ont tous des projets personnels parallèles. Le band a à son actif un album certifié platine ainsi que deux disques certifiés or. Le groupe a de plus été nommé trois fois aux Prix Juno.