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Sur le Maïdan à Kiev, la musique au coeur du combat des manifestants

12/02/2014 04:17 EST | Actualisé 13/04/2014 05:12 EDT

"La musique nous rend la vie et le combat politique plus faciles": jour et nuit, artistes reconnus ou amateurs se pressent sur la scène dressée sur le Maïdan, point central du mouvement de contestation à Kiev.

A toute heure, curieux, passants et manifestants s'agglutinent devant la scène au milieu de la place de l'Indépendance, pour regarder les musiciens jouer en live ou contempler sur les écrans de précédents concerts.

La scène est ornée d'un portrait de l'égérie de la Révolution orange de 2004, Ioulia Timochenko, emprisonnée depuis 2011.

"Les artistes sont la force qui infuse des sentiments patriotiques", explique le "manager", Vitali Kortchyk, 29 ans, en combinaison de ski pour se protéger du froid.

Il s'emploie 14 heures par jour, dit-il, à trouver artistes, poètes, musiciens pour divertir les milliers de personnes présents chaque jour sur la place, occupée depuis fin novembre par les contestataires hostiles au président Viktor Ianoukovitch.

Assisté par une dizaine de techniciens, et de trois animateurs sur scène, il donne une autre image de la place de l'Indépendance, dont les accès barricadés sont gardés par des hommes casqués et armés de gourdins pour repousser toute éventuelle opération des forces de police.

Les artistes qui se succèdent sur le podium, devant une foule variable de spectateurs, travaillent à conserver vive la flamme du mouvement, près de trois mois après son début. Chansons rock, pop, répertoire traditionnel, tous les styles sont représentés, entrecoupés de discours politiques.

Au fil des semaines, des personnalités aussi diverses que le sénateur américain John McCain, l'auteur trinidadien du tube planétaire "What is love", Haddaway, ou la chanteuse locale Rouslana, qui a remporté l'Eurovision en 2004, s'y sont produits.

"jungle de béton"

Le groupe ukrainien Okean Elzy y a joué devant 200.000 personnes, battant et de loin son record absolu d'affluence...

Mais ce sont aussi parfois de parfaits inconnus qui prennent le micro, comme cette trompette solitaire qui a répandu un soir ses accents mélancoliques à travers la place, devant des spectateurs serrés les uns contre les autres pour avoir moins froid.

"Nous avons besoin de chansons pas seulement pour nous réchauffer, mais aussi pour nous donner de la force", raconte Olga, 21 ans, une habituée des lieux.

"Ces chansons nous inspirent et rendent nos vies et notre combat plus faciles", ajoute-t-elle, accompagnée de son ami.

Mardi soir, c'est un enfant du pays, revenu des Etats-Unis où il a grandi, qui s'est produit sur scène, chantant... un air de blues, "Run Through the Jungle", du groupe californien Creedence Clearwater Revival.

"Cette chanson était entonnée par les protestataires américains durant la guerre du Vietnam. Ici, ce n'est pas la jungle vietnamienne, mais la jungle de béton", souligne Jurij Fedynskyj. "C'est ma manière de participer à la révolution".

Les clients de l'immense hôtel Ukraina peuvent bien se plaindre des chansons, films et discours qui se poursuivent une bonne partie de la nuit, mais pour Vitali Kortchyk, il est vital de ne jamais cesser d'émettre.

"L'activité permanente autour de la scène permet d'éviter toute provocation des autorités", souligne-t-il, rappelant que le 30 novembre, aux débuts du mouvement d'occupation, la police avait lancé un violent assaut nocturne, surprenant les manifestants.

La musique aide certainement les membres des unités d'autodéfense dans leur longue veille sur les barricades.

La scène elle-même est protégée par des hommes en treillis.

"Une fois, un vieillard est venu pour chanter l'hymne soviétique", raconte Vitali Kortchyk. "C'était une provocation et nous ne l'avons pas laissé faire", ajoute-t-il.

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