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L'évolution du lien entre Chine et Taïwan dépendra surtout des électeurs taïwanais

12/02/2014 03:57 EST | Actualisé 13/04/2014 05:12 EDT

La Chine et Taïwan ont noué cette semaine un dialogue officiel inédit, mais la poursuite éventuelle de leur rapprochement dépendra davantage des décisions des électeurs taïwanais que du bon-vouloir du Parti communiste chinois, estiment les analystes.

Wang Yu-chi, responsable taïwanais chargé des relations avec la Chine continentale, a rencontré durant deux heures mardi son homologue Zhang Zhijun, chef du Bureau chinois des Affaires taïwanaises.

Ces entretiens dans la ville de Nankin, ancienne capitale pour le camp nationaliste de Chiang Kai-shek, représentent le premier dialogue entre les gouvernements depuis la fin de la guerre civile en 1949.

"On se souviendra de cette entrevue non pas en raison de la teneur des discussions de MM. Wang et Zhang, mais tout simplement car il se sont rencontrés", a souligné mercredi dans un éditorial le journal China Daily.

"Il serait naïf de placer trop d'attentes sur une seule rencontre. Bâtir une confiance politique mutuelle nécessitera d'énormes efforts des deux côtés", a tempéré le quotidien.

Le problème de fond, politique, demeure que la Chine souhaite toujours une réunification avec Taïwan, qu'elle considère comme une province rebelle. Et Pékin continue de promettre de lutter éventuellement par la force contre toute déclaration formelle d'indépendance de Taïwan, île séparée de fait de la Chine communiste.

Même si les plaies du conflit armé ont eu 65 ans pour se refermer, il serait contre-productif pour la Chine continentale de chercher à jouer de sa puissance face à Taïwan, estime Jingdong Yuan, un expert de l'université de Sydney.

Toute mention de rattachement au continent "déclencherait une opposition importante de Taïwan", prévient-il.

Les Taïwanais, désormais attachés à leur système démocratique, revendiquent de surcroît une identité propre, la plupart n'ayant que de lointains parents venus du continent des siècles plus tôt.

Et toute agression chinoise à l'encontre de Taïwan risquerait d'entraîner une intervention des Etats-Unis, la loi obligeant théoriquement l'administration américaine à soutenir la défense de Taïwan, rappelle Jia Qingguo, professeur à l'université de Pékin.

Dans ces conditions, selon M. Jia, le facteur le plus à même de modifier les relations sino-taïwanaises serait "un changement au pouvoir à Taïwan", une hypothèse n'existant pas dans la Chine communiste au parti unique.

Les relations entre la "République de Chine" (Taïwan) et la "République populaire de Chine" se sont en effet apaisées depuis l'élection en 2008 du président Ma Ying-jeou.

Cet artisan de la renaissance du parti Kuomintang (KMT) -- l'ancien ennemi nationaliste -- a été réélu en 2012 et est favorable à des liens avec la Chine continentale.

Les experts n'imaginent toutefois pas que M. Ma et son homologue chinois Xi Jinping se rencontrent dans un avenir proche.

Les analystes prévoient plutôt une poursuite du statu quo, les deux entités tentant de trouver des points de rapprochement échappant aux controverses, comme les échanges commerciaux florissant au-dessus du détroit de Formose.

"Taïwan continue à suivre une stratégie de gain de temps, en cherchant à bénéficier de bonnes relations avec la Chine tout en atténuant les pressions de Pékin en acceptant des choses qu'il ne considère pas comme faisant partie de ses intérêts nationaux", explique Bonnie Glaser, du Centre for Strategic and International Studies de Washington.

Quant à la Chine, poursuit-elle, "je pense que pour l'instant ils se satisfont de ces progrès marginaux, tant que cette tendance va dans la bonne direction".

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