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Le blé français à la peine en Egypte, pourtant gourmande en céréales

12/02/2014 12:57 EST | Actualisé 14/04/2014 05:12 EDT

Trop humide, pas assez protéiné, le blé français a du mal à se vendre en Egypte, pays pourtant gourmand en céréales, qui a subitement durci ses conditions d'achat, excluant une partie de la production française.

La France a révisé nettement à la baisse mercredi ses objectifs d'exportation de blé tendre vers l'Égypte, l'un des principaux importateurs mondiaux.

Alors que FranceAgriMer prévoyait en janvier de vendre 1,2 million de tonnes de blé français au Caire pour la campagne commerciale 2013/2014, l'organisme statistique table désormais sur seulement 800.000 tonnes, a expliqué à la presse Olivia Le Lamer, de la direction "Marchés, études et prospective".

Fin janvier, l'Égypte, qui achète du blé uniquement par appels d'offres publics, a brusquement durci son cahier des charges. Elle exige désormais un taux d'humidité maximum du blé de 13%, une condition remplie par seulement 40% du blé français, selon FranceAgriMer.

Dans la foulée, Le Caire a acheté 180.000 tonnes de blé à la Russie et 60.000 aux États-Unis.

"Le taux de 13% correspond au cahier des charges tel qu'il existait déjà. Mais il y avait une tolérance (jusqu'à 13,5%, NDLR), qui n'est plus permise", a expliqué Mme Le Lamer.

La décision du gouvernement égyptien pourrait avoir été prise "sous la pression des meuniers", selon elle.

Leurs plaintes sont "récurrentes", car lorsque le blé est trop humide, "ils achètent de l'eau", inutile, en même temps que la céréale, estime Sébastien Poncelet, analyste du cabinet Agritel.

Mais "entre 13 et 13,5%, ça ne change pas grand-chose", nuance Damien Vercambre, du cabinet Inter-courtages, pour qui la décision égyptienne reste un "mystère".

Ce changement pourrait être lié "au lobby des exportateurs russes (...) qui ont beaucoup de volumes à exporter", suggère M. Poncelet, qui souligne qu'il sera difficile d'avoir le fin mot de l'histoire.

Il y a effectivement "des surplus de la Russie qu'on n'avait pas anticipé et la baisse du rouble a amélioré la compétitivité des prix russes", explique M. Vercambre.

- L'Algérie et le Maroc en compensation -

De plus, la concurrence internationale est rude, "face à une offre mondiale qui reste abondante", après des récoltes de blé record, souligne FranceAgriMer.

Le prix du blé américain, par exemple, "a tellement baissé qu'à un moment ça entre dans le calcul" de pays comme l'Égypte, malgré la distance, rappelle M. Vercambre.

Outre les questions d'humidité, le blé français pâtit d'une teneur en protéines plus faible que celle de ses concurrents, ce qui pose des problèmes de qualité pour la fabrication du pain. Or, les importateurs d'Afrique du Nord et du Moyen-Orient surveillent de près cette question.

Résultat: la France, qui espérait fin 2013 refaire son retard sur la Roumanie, la Russie et l'Ukraine, grands fournisseurs de l'Égypte, n'avait vendu début janvier que 540.000 tonnes au Caire, sur les 3,7 millions achetées depuis le début de la campagne, selon FranceAgriMer.

Pour FranceAgriMer, la décision de l'Égypte ne ferme pas totalement la porte au blé français, mais elle rend les choses plus compliquées, car il faudra acheminer le blé le plus sec, qui ne vient pas forcément des zones les plus proches des ports.

"C'est difficile en cours de campagne", estime Rémi Haquin.

Toutefois, la forte demande de l'Algérie et du Maroc, "pourrait compenser ce qu'on ne fera pas vers l'Égypte", espère Mme Le Lamer.

Fin janvier, 3,4 millions de tonnes de blé avaient déjà été chargées vers l'Algérie, soit la totalité de ce qui avait été vendu à ce pays lors de la campagne précédente.

Au total, les chargements de blé français vers les pays hors UE atteignent tout de même 6,9 millions de tonnes fin janvier, contre 5,7 millions à la même époque en 2012 et 2013, selon FranceAgriMer.

Récemment, FranceAgriMer a aussi pris des mesures pour aider les céréaliers français a relever leurs taux de protéines.

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