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En Allemagne, le "polyamour" veut se vivre au grand jour

12/02/2014 12:05 EST | Actualisé 13/04/2014 05:12 EDT

Souvent confidentiel et assimilé à une sexualité débridée, le "polyamour" - mener plusieurs relations sentimentales simultanées- veut s'affirmer en Allemagne, notamment grâce à Christopher Gottwald, qui propose conseil et soutien pour vivre ces relations.

"Je ne crois plus à la monogamie. Pour personne", assène d'emblée le jeune quadragénaire, acteur de formation, qui organise depuis trois ans conférences, ateliers ou même entretiens particuliers.

Il est aussi l'un des responsables d'une association, PolyAmore Netzwerk, qui compte 120 membres dans l'aire germanophone (Allemagne, Autriche, Suisse).

"Nous ne sommes pas construits pour (la fidélité). Le mieux est de se dire +vivons à deux, tout en restant ouverts pour ce qui peut arriver+", explique-t-il.

A 19 ans, il a décidé qu'il ne voulait pas d'une relation monogame et pendant 10 ans il a cherché une partenaire partageant sa conception.

Il l'a finalement trouvée, et vit depuis 13 ans une relation "ouverte" avec une femme. Il y a trois ans, il a décidé de se lancer dans son activité de conseil et d'information.

Christopher Gottwald insiste sur la dimension affective du "polyamour".

"Il s'agit bien d'amour. Ce n'est pas juste une sexualité libre où l'on peut coucher avec qui on veut".

"Il s'agit d'assumer les sentiments ou le désir qu'on éprouve pour d'autres que son partenaire, tout en étant attentif à ce que cela provoque chez lui", explique Christopher.

La jalousie n'est qu'une somme d'angoisses - "peur de la solitude, d'être abandonné, d'être comparé, la colère face à la liberté de l'autre..."- qu'il faut dépasser.

Un chemin difficile, concède-t-il: "certains pensent que ce sera facile, mais dès que ça commence vraiment, ils sont submergés par les émotions et constatent que ce n'est pas pour eux".

Pour y arriver, il prône une franchise totale et surtout pas le "fais ce que tu veux, je ne veux pas savoir".

"A chacun de trouver le degré de détail qui lui convient, mais je recommande toujours de ne pas trop se ménager", continue-t-il.

"Plus on s'ouvre, plus on se sent liés", justifie-t-il.

Débutants, curieux ou personnes ayant déjà une expérience des relations à géométrie variable, il n'y a pas de profil type dans sa "clientèle".

Hommes et femmes viennent en nombre à peu près égal, qu'ils soient hétérosexuels, homosexuels ou bi-sexuels, mais il est difficile de se faire une idée de l'ampleur du phénomène. "Ce n'est pas facile à définir comme relation et ceux qui la vivent ne se revendiquent pas forcément polyamoureux", reconnaît-il.

Lors de ses conférences, les questions d'ordre pratiques - emploi du temps, qui dort où ? - sont aussi fréquentes que celles liées à la jalousie, relève-t-il également.

Si chaque cas est différent, certains traits généraux se dégagent. "Les triangles amoureux sont vraiment compliqués, parce que c'est toujours assez inégal. A quatre, en revanche, c'est généralement plus simple", résume-t-il à titre d'exemple.

Loin d'être une mode ou l'énième symptôme d'une civilisation gagnée par l'hédonisme et l'individualisme, le polyamour n'est que l'étape suivante logique d'une longue évolution des relations amoureuses, selon lui.

"Il y a 300 ans, on ne parlait pas d'amour, (le mariage) était avant tout social, économique, pragmatique. Ensuite les gens ont revendiqué le droit de se marier par amour. Aujourd'hui on vit déjà dans des monogamies successives", qu'il juge hypocrites.

Chez certains, les relations polyamoureuses peuvent n'être qu'une étape avant de revenir à des relations conventionnelles. Certaines relations polyamoureuses, à l'inverse, durent très longtemps, assure-t-il.

Cependant, en dépit de l'intérêt croissant des médias pour les polyamoureux, affronter la société où la fidélité reste l'idéal est encore délicat.

S'affirmer polyamoureux, "c'est comme un +coming out+, avec la peur, parfois justifiée, des répercussions", explique Christopher.

"Plus on sera nombreux à l'assumer, plus le monde en acceptera l'existence et se dira que ce n'est pas grave", conseille-t-il.

Lui a eu la chance que sa mère "très catholique" accepte son choix. "Elle ne vivrait pas comme ça, mais elle trouve ça passionnant et on en parle très souvent".

hap/fjb/glr

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