POLITIQUE

Budget fédéral: outrée, Pauline Marois dénonce le gouvernement « prédateur »

12/02/2014 10:19 EST | Actualisé 12/02/2014 10:19 EST
PC

La première ministre Pauline Marois est "outrée" par le budget fédéral, mais le ministre des Finances, Jim Flaherty, n'entend pas faire acte de contrition.

Bien au contraire, le ministre Flaherty s'est félicité mercredi de faire partie d'un gouvernement "solvable", une allusion à peine voilée à la situation difficile des finances publiques au Québec.

"Je suis le ministre des Finances d'un gouvernement qui est solvable. Nous allons équilibrer le budget l'an prochain, nous y sommes presque arrivés cette année. L'une des bonnes choses lorsque vous êtes solvables, c'est qu'il y a de la marge de manoeuvre", a-t-il déclaré.

Au lendemain du dépôt du budget, Mme Marois s'est s'insurgée contre la ferme intention du gouvernement Harper d'aller de l'avant avec la Subvention canadienne à l'emploi, aux dépens des programmes québécois de formation de la main-d'oeuvre.

Comme son ministre des Finances Nicolas Marceau, la veille, Mme Marois a accusé le gouvernement fédéral d'agir "comme un vrai prédateur" à l'égard des compétences des provinces.

"Je suis outrée de ce qu'il y a dans le budget fédéral. Ils sont entêtés comme c'est pas possible, ils font payer le prix aux Québécois", a pesté la première ministre en point de presse.

Elle reproche au fédéral de dilapider des ressources pour des mesures de formation alors que le Québec exerce déjà cette responsabilité et tient à conserver la gestion des programmes.

"Ils veulent absolument dépenser de l'argent à côté des systèmes que l'on a et ils n'ont même pas d'institution pour être capables de gérer le tout", a-t-elle dit, qualifiant l'offensive fédérale de "mauvaise gestion des fonds publics".

Le gouvernement conservateur a prévenu qu'il fera cavalier seul avec la Subvention canadienne pour l'emploi à compter du 1er avril, s'il ne parvient pas à s'entendre avec les provinces sur le transfert des fonds fédéraux en formation. À défaut d'un accord, Ottawa versera la subvention par l'entremise de Service Canada qui agira auprès des employeurs.

Que le gouvernement fédéral veuille s'immiscer dans ce domaine soulève l'ire du gouvernement Marois. La chef péquiste a mis en doute la bonne foi du lieutenant québécois du premier ministre Stephen Harper, Denis Lebel, lorsqu'il assure vouloir négocier avec les provinces.

Loin de vouloir s'asseoir à la table, le ministre Lebel veut imposer la vision fédérale, a fulminé Mme Marois.

"Il ne négocie pas, il veut nous imposer sa décision, ce qui est inacceptable. C'est du véritable gaspillage", a-t-elle argué.

Informé de la réaction indignée de Mme Marois, le ministre Flaherty lui a signifié sans trop de ménagement de se mêler de ce qui la regarde.

"L'argent investi dans la formation de la main-d'oeuvre, ce n'est pas de l'argent qui vient des taxes provinciales, c'est de l'argent qui vient de l'impôt fédéral. Ce n'est pas à un gouvernement provincial de dire comment dépenser l'argent qui vient de l'impôt fédéral", a répliqué sèchement le ministre.

Plus encore, le gouvernement fédéral pense être en mesure de faire mieux que les provinces, y compris le Québec, pour préparer les travailleurs au marché de l'emploi.

"Nous avons versé des milliards $ _ pas des millions $, des milliards $ _aux provinces pour qu'elles parviennent à former la main-d'oeuvre pour les emplois. Certaines provinces ne nous rendent même pas de comptes, nous ne savons même pas ce qu'elles font avec l'argent. Alors on va faire mieux, on aura des résultats", a-t-il promis.

Le projet fédéral sur la formation de la main-d'oeuvre est "fou braque", a lâché, de son côté, la ministre québécoise de l'Emploi, Agnès Maltais.

"Ceux qui connaissent le sujet, ceux qui travaillent en formation de la main-d'oeuvre, les entreprises, les syndicats, tout le monde dit: le Québec fait bien. M. Flaherty est dans le champ", a-t-elle dit.

Son collègue des Affaires intergouvernementales canadiennes, Alexandre Cloutier, a pour sa part averti que le gouvernement péquiste ne cédera à aucune "forme de chantage de la part du gouvernement fédéral" sur le front de la formation de la main-d'oeuvre.

"Pensez-vous vraiment qu'à partir du 1er avril, Service Canada est capable de remplacer les services offerts par Emploi-Québec? Le gouvernement fédéral va engager des nouveaux fonctionnaires pour faire exactement le travail qui est fait par Emploi-Québec? Y a-tu quelqu'un vraiment qui croit ça?", a-t-il évoqué.

Plutôt que de céder le pas devant Ottawa, le gouvernement du Québec plaide pour la reconduction de l'entente conclue avec le fédéral en 2008 et qui lui a permis de mettre en place des mesures pour la formation de la main-d'oeuvre.

INOLTRE SU HUFFPOST

Budget fédéral 2014 : les faits saillants
Les réactions Twitter au budget fédéral 2014