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Trois mois après leur fuite en Ouganda, les M23 attendent toujours de pouvoir rentrer en RDC

11/02/2014 05:54 EST | Actualisé 13/04/2014 05:12 EDT

Trois mois après leur débâcle dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) voisine, les rebelles congolais du M23 attendent toujours, désoeuvrés dans un camp ougandais, un dénouement de la situation politique dans leur pays, pour pouvoir rentrer chez eux.

"Je veux rentrer dans mon pays et j'en ai le droit", dit sous couvert d'anonymat un ancien combattant, toujours vêtu, comme ses ex-compagnons d'arme, de son uniforme militaire.

"Nous attendons l'application des accords" signés avec le gouvernement de Kinshasa en décembre à Nairobi, qui ont mis fin à 19 mois d'affrontement dans le Nord-Kivu congolais, province riche en minerai chroniquement troublée.

En attendant, le rebelle désarmé, qui dit avoir été chargé des relations publiques au sein du Mouvement du 23 Mars (M23), traîne comme quelque 1.300 autres dans des baraquements au crépis beige délavé, entourés de barbelés et de clôtures rouillées sur lesquelles sèchent des vêtements.

Le camp de Bihanga, dans le sud-ouest de l'Ouganda, se trouve au milieu de nulle part, entouré d'une forêt clairsemée et d'une rivière en contrebas. On y arrive par une étroite route de terre après avoir traversé quelques hameaux.

Dans le camp, l'ambiance est à l'ennui. Hormis quelques activités sportives et les tâches ménagères quotidiennes, les 1.320 combattants - dont 16 femmes - présents sur place ont peu pour s'occuper et passent une bonne partie de la journée étendus à l'ombre d'arbres, dans l'attente du retour au pays.

L'isolement du camp a été un critère de sélection.

"Quelques-uns se sont enfuis quand ils étaient à Kasese (le camp où ils étaient parqués au début sur la frontière avec la RDC), c'est une des raisons pour lesquelles nous les avons amenés à Bihanga", explique le brigadier Peter Elwelu, commandant dans l'armée ougandaise.

Les M23 pas prisonniers

Les M23 ne sont pour autant pas confinés dans le camp: ils ont le droit d'en sortir entre 10h et 19h. Car leur statut n'est toujours pas clair : ils sont retenus sans être prisonniers.

"Nous ne pouvons pas les garder incarcérés", dit à son tour Ronald Kakurunga, un porte-parole de l'armée ougandaise. Lui aussi aimerait d'ailleurs les voir prendre le chemin du retour, car il devient difficile de les nourrir. "Nous n'avons pas l'argent (...) Ils sont un poids pour nous", glisse-t-il.

Début février, le Parlement de RDC a voté une loi d'amnistie, amorçant le processus de retour des rebelles prévu par les accords de Nairobi. Mais la loi, que le président congolais Joseph Kabila doit encore signer, est encore loin de faire l'unanimité dans le pays: l'opinion publique a du mal à pardonner les 19 mois de conflits qui ont fait des centaines de milliers de déplacés.

A Kinshasa, le porte-parole du gouvernement Lambert Mende explique que des échanges sont aussi encore en cours avec Kampala "pour identifier qui rentre chez nous" et "si les ex-combattants qui vont revenir viennent pour la réinsertion ou pour répondre des faits hors amnistie".

Né en avril 2012 d'une mutinerie d'anciens rebelles intégrés à l'armée congolaise, le M23 avait concentré son action dans la province du Nord-Kivu, où il disait assurer la défense des populations rwandophones face à certaines des nombreuses milices encore présentes dans cette province.

Selon l'ONU et Kinshasa, ils ont été activement soutenus par le Rwanda et l'Ouganda au cours des longs mois d'affrontements avec l'armée congolaise. Jusqu'à leur débâcle militaire début novembre, qui les a contraints à passer les frontières ougandaise mais aussi rwandaise.

Aujourd'hui, les rebelles en exil en Ouganda réfutent fermement des accusations onusiennes selon lesquelles ils seraient en voie de résurgence militaire. Et l'armée ougandaise dément les entraîner pour leur faire reprendre les armes.

"Nous ne sommes pas ici pour l'entraînement", affirme Dieudonné Padiri, lieutenant-colonel au sein du M23. "Nous sommes ici pour un temps de repos", martèle-t-il. "Ce que nous espérons retrouver dans notre pays, c'est d'abord la paix", assure-t-il, en espérant que le processus de négociation politique permettra de résoudre les différends qui ont déclenché le conflit.

str-aud/de

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