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Pakistan: 11 morts dans un attentat contre un cinéma porno

11/02/2014 08:50 EST | Actualisé 13/04/2014 05:12 EDT

Un attentat à la grenade dans un cinéma pornographique a fait au moins onze morts mardi dans le nord-ouest du Pakistan, signe de la poursuite des violences malgré le début de pourparlers de paix entre le gouvernement et les rebelles talibans.

L'attaque, non revendiquée en fin d'après-midi, à eu lieu à Peshawar, la principale ville de cette région très infiltrée par les rebelles, où un autre cinéma avait été attaqué de la même manière il y a dix jours. Au moins quatre personnes avaient alors été tuées et 31 blessées.

Trois grenades ont explosé à l'intérieur du cinéma Shama mardi, au milieu des quelque 80 personnes qui assistaient à la séance de l'après-midi.

"Onze personnes ont été tuées et au moins 17 blessées dans cette attaque", a déclaré à l'AFP Faisal Mukhtar, un haut responsable de la police locale. L'hôpital Lady Reading, où les blessés ont été transportés, a confirmé ce bilan.

Sur son lit d'hôpital, Akbar Khan, un cinéphile de 62 ans blessé dans l'attentat, a raconté avoir entendu un bruit assourdissant alors qu'il regardait le film porno du jour. "J'ai alors senti comme une barre de fer brûlante qui me perçait le bras et la jambe gauche (..) J'ai pu gagner la sortie, où j'ai été transporté à l'hôpital".

La salle de 200 places environ était jonchée de restes humains, de chaussures ensanglantées et de préservatifs, a constaté sur place un journaliste de l'AFP.

Le Pakistan, et notamment le nord-ouest, est depuis 2007 régulièrement ensanglantée par des attentats revendiqués par les talibans du TTP, qui y ont notamment détruit des centaines de magasins de CD et DVD, accusés de colporter des valeurs dépravées contraires aux principes de l'islam. Les attaques contre les cinémas ont été plus rares.

Mais le TTP, qui a engagé début février des pourparlers de paix avec le gouvernement d'Islamabad, a nié toute implication dans cet attentat. "Nous n'avons rien à voir avec cette attaque", a assuré à l'AFP son porte-parole, Shahidullah Shahid.

Dix jours plus tôt, un autre cinéma de Peshawar, le Picture House, avait été attaqué de la même manière.

Le TTP avait nié toute implication dans cette attaque revendiquée auprès de médias locaux par un autre groupe armé, suggérant des divisions au sein de la rébellion islamiste sur la question du processus de paix.

Les talibans exigent la libération de leurs prisonniers et le retrait des forces armées de leurs fiefs des zones tribales afin d'aller de l'avant dans ces pourparlers. Les insurgés demandent aussi l'imposition de leur version de la loi islamique (charia) dans ce pays musulman de plus de 180 millions d'habitants.

Plusieurs de ces demandes étant a priori inacceptables pour le gouvernement et la puissante armée, beaucoup d'observateurs estiment que le processus de paix ne puisse guère donner de résultats et que les deux parties cherchent avant tout à temporiser à l'approche du retrait des forces de l'Otan en Afghanistan d'ici à la fin de l'année.

Le cinéma Shama, qui a pignon sur rue depuis plus de 30 ans à Peshawar où il est connu pour diffuser des films pornographiques malgré le conservatisme religieux ambiant, dispose de deux salles.

A l'automne 2012, sa salle principale avait été incendiée par des manifestants islamistes lors de manifestations contre le film américain hostile au prophète Mahomet "L'innocence des musulmans".

Le cinéma avait rouvert quelques semaines plus tard, en prenant toutefois soin de ne diffuser les films X que dans la seconde salle, plus petite (environ 200 places), où a eu lieu l'attaque de mardi.

Le Shama appartient aux Bilour, l'une des familles les plus puissantes de Peshawar, pilier du parti nationaliste pachtoune, l'ANP, réputé pro-occidental et libéral, et à ce titre ennemi juré des formations islamistes et des talibans.

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