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L'affaire Vatileaks, dernier épisode encore mystérieux d'une série de scandales

11/02/2014 10:12 EST | Actualisé 13/04/2014 05:12 EDT

L'affaire de la fuite de documents du pape Benoît XVI, "Vatileaks", dernier épisode en 2012 d'une série de scandales qui ont ébranlé le Vatican peu avant la démission de Benoît XVI, n'a pas encore livré tous ses secrets.

Début 2012, la presse italienne divulgue des documents classés secrets venus du bureau du pape. Le journaliste italien Gianluigi Nuzzi en publie des dizaines d'autres dans un livre "Sa Sainteté". Le majordome du pape, Paolo Gabriele, est arrêté. Il avouera avoir transmis des documents pour "aider" le pape qu'il dit victime d'intrigues au sein du Vatican. Ces documents critiquent l'administration du secrétaire d'Etat d'alors, Tarcisio Bertone, évoquent des affaires de corruption, épinglent la banque du pape, l'IOR.

A l'issue d'un procès rapide au Vatican même, Gabriele est condamné à 18 mois de prison, puis gracié par Benoît XVI. Ce dernier remet à son successeur François un dossier de 300 pages sur "Vatileaks", rédigé par trois cardinaux qui ont entendu des dizaines de témoins de premier plan.

Principale cible des documents qui l'accusaient d'erreurs et d'inexpérience, le cardinal Bertone a affirmé mardi, dans une interview au Giornale, "regretter de n'avoir pas réussi à freiner le scandale".

Selon lui, une partie des décisions de François pour une réforme de la Curie, "ont été orientées par la lecture des conclusions de l'enquête" des trois cardinaux.

Paolo Gabriele, qui travaille maintenant dans une annexe du grand hôpital catholique Bambino Gesu, n'a jamais rompu sa promesse de silence.

Dans "L'Homme qui ne voulait pas être pape" (Albin Michel), nouveau livre très documenté sur Benoît XVI rassemblant des témoignages nombreux et parfois anonymes de plusieurs cardinaux, l'expert français du Vatican, Nicolas Diat, estime qu'"il ne fait guère de doute que la volonté de renverser le très controversé secrétaire d'Etat constitue un moteur puissant" dans Vatileaks. Il qualifie Gabriele de "marionnette désarticulée".

Citant des sources proches du pape, il évoque un cardinal italien de la Curie, le très conservateur Mauro Piacenza, qui aurait "rencontré dans le plus grand secret Gabriele" et aurait cherché à évincer Bertone.

Benoît, fidèle en amitié, n'a jamais voulu se séparer de Bertone. "Bertone considère à juste titre qu'il est un bouc-émissaire, un prétexte qui cache une autre volonté, l'affaiblissement du pape même", affirme Diat.

Le journaliste Nuzzi, interrogé mardi par l'AFP, a assuré pour sa part "n'avoir jamais connu" le cardinal Piacenza, et affirmé que ses sources, qu'il entend "protéger", "n'étaient pas des cardinaux". "Elles avaient dénoncé les faits auxquels le pape François est en train de remédier", a-t-il observé.

Le nouveau secrétaire d'Etat du pape François, Pietro Parolin, a espéré que ce chapitre "très douloureux" sera définitivement clos.

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