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La liberté de la presse recule au Mali, en Centrafrique ou aux Etats-Unis

11/02/2014 02:56 EST | Actualisé 13/04/2014 05:12 EDT

La liberté de la presse a reculé en 2013 dans des pays marqués par des conflits comme le Mali et la Centrafrique, mais aussi dans des démocraties qui "utilisent abusivement l'argument sécuritaire" comme les Etats-Unis, affirme Reporters sans frontières (RSF) dans une étude.

"Le classement de certains pays, y compris des démocraties, est largement affecté cette année par une interprétation trop large et abusive du concept de la protection de la sécurité nationale. Par ailleurs, le classement reflète l'impact négatif des conflits armés sur la liberté de l'information et ses acteurs", a indiqué Lucie Morillon, directrice de la recherche de Reporters sans frontières, à l'occasion de la publication du classement mondial annuel de RSF sur la liberté de la presse, portant sur 180 pays.

L'indice annuel du classement, qui synthétise les atteintes à la liberté de l'information, indique une "légère dégradation globale" dans le monde depuis l'an dernier, souligne l'ONG.

Pays jugé le plus dangereux au monde pour les journalistes par RSF, la Syrie est classée 177ème sur 180, figurant comme l'an dernier juste devant le trio inchangé: Turkménistan (178e), Corée du Nord (179e) et Erythrée (180e).

Pour la quatrième année, la Finlande conserve son rang de meilleur élève, suivie comme l'an dernier par les Pays-Bas et la Norvège.

Entre ces deux groupes de pays, les États situés en zones de conflits font sans surprise partie des plus touchés. Le Mali chute de 22 places au 122e rang, tandis que la République centrafricaine connaît la chute la plus forte du classement, perdant 43 places à la 109e.

"Chasse aux sources"

Loin de ces pays, certaines démocraties occidentales sont aussi pointées du doigt par RSF qui juge que "l'argument sécuritaire y est utilisé abusivement pour restreindre la liberté de l'information".

"Les pays qui se prévalent de l'État de droit ne donnent pas l'exemple, loin de là", regrette l'organisation, qui déplore "un recul inquiétant des pratiques démocratiques".

C'est le cas aux États-Unis, qui dégringolent de 13 places à la 43e, et où l'association dénonce "la chasse aux sources et aux lanceurs d'alerte".

"L'année 2013 a connu un pic en termes de pression sur les journalistes et leurs sources" dans ce pays, a estimé Lucie Morillon, lors d'une rencontre avec la presse.

La condamnation du soldat Bradley Manning à 35 ans de prison pour avoir transmis à WikiLeaks des milliers de documents, ou la traque d'Edward Snowden, à l'origine du scandale sur les écoutes menées par l'agence nationale de sécurité américaine NSA, "sont autant d'avertissements à ceux qui oseraient livrer des informations dites sensibles, mais d'intérêt public avéré, à la connaissance du plus grand nombre", estime RSF.

Le Royaume-Uni perd de son côté trois places pour se classer à la 33e. Ce pays s'est notamment "illustré au nom de la lutte contre le terrorisme par des pressions scandaleuses exercées sur le quotidien The Guardian", relève RSF.

La France, qui perd une place à la 39e, a également connu une année 2013 "inquiétante", selon RSF qui cite la décision prise par la justice française de faire retirer les enregistrements de conversations impliquant la milliardaire Liliane Bettencourt des publications du site d'informations Mediapart et du magazine Le Point. Citant ces enregistrements, Mediapart avait notamment publié des articles évoquant une fraude fiscale, des abus de faiblesse sur Mme Bettencourt et des financements illégaux de partis politiques.

La Grèce, affectée par la crise économique et les poussées populistes, cède quant à elle 14 places à la 99e.

Juste derrière, la Bulgarie (100e, -12 places) conserve le dernier rang des pays de l'Union européenne, au terme d'une année marquée notamment par des agressions de journalistes par les forces de l'ordre en marge de manifestations.

Ce classement repose sur sept indicateurs: niveau des exactions, étendue du pluralisme, indépendance des médias, environnement et autocensure, cadre légal, transparence et infrastructures.

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