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La France présente des mesures "consensuelles" pour améliorer l'intégration des étrangers

11/02/2014 02:39 EST | Actualisé 13/04/2014 05:12 EDT

Le gouvernement français a présenté mardi une "feuille de route" sans annonce spectaculaire pour l'intégration des immigrés et la lutte contre les discriminations, sur fond de montée en puissance des populismes en Europe comme l'illustre le récent référendum en Suisse.

Une quinzaine de ministres ont adopté 28 mesures que le chef du gouvernement Jean-Marc Ayrault a souhaité "consensuelles" pour une approche "apaisée" de ce dossier sensible sur lequel la gauche et la droite s'affrontent idéologiquement depuis des décennies.

La principale annonce de cette "feuille de route" porte sur la création d'un "délégué interministériel à l'égalité républicaine et à l'intégration", rattaché au Premier ministre.

Il s'agit d'une structure "légère" qui n'empiètera pas sur les compétences des différents ministres et aura pour seule mission de "coordonner" leurs actions et d'évaluer les politiques menées.

Le ministre de l'Intérieur, Manuel Valls, reste donc compétent pour l'intégration des "primo-arrivants", présents depuis moins de cinq ans en France.

Un meilleur niveau du français requis

Ce dernier a indiqué qu'il conditionnerait la délivrance des titres de séjour aux progrès accomplis en matière de connaissance du français, sans donner de détails.

Le dispositif devrait figurer dans le prochain projet de loi sur l'immigration, attendu d'ici à la fin de l'année.

Concernant la lutte contre les discriminations selon l'origine, le gouvernement prévoit surtout de renforcer la formation des agents publics (enseignants, conseillers d'orientation, agents de Pôle emploi, inspecteurs du travail).

D'autres propositions avaient déjà été annoncées telles la lutte contre le décrochage scolaire, la création d'une aide pour les migrants âgés qui font des aller-retour dans leur pays d'origine ou la poursuite de la rénovation des foyers de travailleurs migrants.

Ces derniers jours, le gouvernement a décidé de retirer une série de mesures portant sur la reconnaissance de l'apport des étrangers à la construction de la France, de crainte de provoquer controverses et divisions.

Si la France s'est longtemps construite sur un modèle "universaliste" d'intégration, notamment au XXe siècle avec l'apport des immigrants italiens, polonais ou espagnols, elle connaît depuis une trentaine d'année une crise de son modèle. Plusieurs causes sont évoquées dont la capacité à absorber de nouvelles populations en temps de crise et le débat sur l'intégration des immigrants de confession musulmane.

Ce débat agite la plupart des pays européens où des partis populistes comme le Front national en France, l'Ukip en Grande Bretagne, le Parti pour la Liberté (PVV) aux Pays-Bas, ont le vent en poupe à 100 jours des élections européennes.

En France, les socialistes français, de retour au pouvoir depuis 2012, veulent relancer l'intégration et la lutte contre les discriminations après les années de présidence de Nicolas Sarkozy marquées par un débat polémique sur "l'identité nationale" et la création d'un ministère de l'Immigration, de l'Intégration et de l'Identité nationale.

De groupes de travail en rapports d'experts, ce dossier miné arrive sur la table alors que l'opinion publique est plus crispée que jamais sur ces questions. Quelque 66% des Français pensent qu'il y a trop d'étrangers en France, selon un sondage récent. Et les scrutins à venir, élections municipales en mars et européennes en mai, prêtent à la surenchère.

Dénonçant "des mesurettes", le président de l'association des élus locaux de la diversité (Aneld) en France, Kamel Hamza, interrogé par l'AFP estime qu'il "faut arrêter de traiter ces sujets avant les élections, quand tout le monde se crispe".

L'intégration - qui concerne 5,3 millions d'immigrés et 6,7 millions de descendants d'immigrés - suscite régulièrement de vifs débats. En décembre, la classe politique française s'était enflammée après la diffusion sur le site du Premier ministre de rapports de chercheurs préconisant de revenir sur la loi interdisant le voile à l'école.

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