DIVERTISSEMENT
11/02/2014 11:49 EST

«Furieusement calme»: un spectacle sans angoisses pour François Morency

Courtoisie

Furieusement calme, le titre du nouveau one man show de François Morency, s’applique parfaitement à la personnalité de sa tête d’affiche. Du moins, c’est ce que le principal intéressé laisse paraître. Au bout du fil, en plein sprint de promotion à quelques jours de sa rentrée montréalaise, l’homme semble en pleine possession de ses moyens, d’une olympienne sérénité.

Il faut dire que ce quatrième spectacle en carrière, Morency le maîtrise sur le bout de ses doigts, pour l’avoir longuement travaillé. De sa voix se dégage l’assurance tranquille de celui qui en a vu d’autres, mais qui ne pavoise pas pour autant. L’expérience et la maturité s’entendent et, si le stress pointe quelque part en lui, il ne teinte aucunement ses propos.

«Le show s’est bâti en un très long processus, explique l’humoriste. Ça s’est fait en trois étapes. J’ai commencé à faire des mini-tests dans des soirées d’humour, des spectacles corporatifs. Après, j’ai fait du rodage unplugged, c'est-à-dire seul sur scène, avec un micro, dans des petites salles de 200 places. Finalement, l’été dernier, on a entré le décor et on a commencé à tout amalgamer ensemble. Depuis l’automne, le show existe. La première médiatique a lieu cette semaine, mais c’est essentiellement dû à une disponibilité de salles. Pour avoir la Place des Arts en février 2014, il a fallu téléphoner en février 2012…»

La peur, un thème riche

François Morency a couché sur papier les premières blagues de Furieusement calme il y a environ deux ans, juste après la sortie de son livre Dure soirée. Il a jeté les bases de ses textes, sélectionné ses angles de traitement, déterminé une structure. Ses complices de longue date Benoît Pelletier et Pierre Prince se sont ensuite joints à lui pour peaufiner l’ensemble, qui repose sur un fil conducteur qui s’inscrit parfaitement dans l’ère du temps : la peur. En effet, alors qu’on n’a jamais autant débattu tolérance et xénophobie, que des magouilles éclatent au grand jour et que nos élus peinent à gagner notre confiance, la peur constitue une source inépuisable pour quiconque souhaite jeter un regard lucide, mais drôle, sur notre société.

«L’écriture n’a pas été basée sur l’actualité factuelle, mais c’est un thème qui a toujours été là. Si tu creuses l’histoire de l’humanité, la peur a constamment été entretenue par des mouvements religieux, c’est humainement là, dans notre ADN, à tous et chacun. Chez certains, la peur gère la vie entière. J’ai réalisé à quel point c’est un thème riche, et il le sera tout autant dans 50 ans.»

«Mais ce n’est pas un exercice de style sur la peur, précise François. J’ai des numéros qui, à la rigueur, pourraient très bien sortir du show. Je ne tape pas sur le clou. Le thème n’est pas omniprésent, et les peurs des spectateurs ne vont pas disparaître grâce à moi! En bout de ligne, il faut toujours qu’il y ait une application comique.»

Angoissé, François Morency? L’artiste a-t-il puisé dans ses propres névroses pour élaborer ses monologues et s’en amuser?

«Je ne le suis pas de façon maladive. Je ne crois pas être angoissé. C’est vrai que je n’ai pas une job où je peux puncher à 17h et y repenser seulement à 8h30 le lendemain matin, et je suis constamment à la recherche de nouvelles idées. Mais la vie, en soi, ne m’angoisse pas. Quand je suis en préparation pour un projet, je suis dans une bulle et c’est dur de décrocher. À ce niveau-là, c’est ma petite angoisse personnelle, mais la vie, la mort, je ne pense jamais à ça.»

Une game qui change

Actif depuis une vingtaine d’années sur nos scènes, à la télévision et à la radio, François Morency est désormais ce qu’il convient d’appeler un vétéran de l’humour québécois. L’industrie, il la connaît bien, et il l’a vu évoluer au fil des ans. Pour paraphraser Réjean Tremblay et emprunter une expression en voie de s’inscrire dans la culture populaire, la game a bien changé depuis que Morency a lancé son premier one man show, en 1997. Mais notre homme a su s’adapter pour suivre le courant.

«C’est encore le même métier, nuance-t-il. Tu écris des trucs, tu vas devant le monde, tu les racontes. Ce qui a changé, c’est que la job est plus compliquée, et qu’elle implique plus d’affaires. Il y a plus de détails. Avant que moi, je commence à faire des shows, le seul fait de mettre une publicité dans un journal faisait vendre des billets. Maintenant, tout doit être à 10 sur 10 : ton show, ta publicité, tes relations de presse, ta communication avec tes fans, les médias sociaux… Aujourd’hui, c’est une guerre de tranchées. C’est beaucoup plus complexe.»

«Par exemple, tu peux décider que Facebook, tu ne t’en occupes pas. Tu peux engager quelqu’un qui va seulement modérer les commentaires et répondre aux gens. Parce que le temps que tu mets là-dessus, tu ne le mets pas ailleurs. Mais il faut voir ça positivement et se dire que c’est un accès aux fans qu’on n’avait pas avant. C’est une façon de communiquer avec eux, les informer, c’est un outil supplémentaire pour les rejoindre. Il y a beaucoup de merde sur les réseaux sociaux, on ne peut pas se le cacher, mais il y a aussi moyen de s’en servir intelligemment», avance celui qui dit être très présent sur Facebook, mais pas sur Twitter.

Autre défi pour les humoristes en 2014 : sortir du lot, considérant que plus d’une quarantaine de vedettes établies et de «petits nouveaux» se croisent et se recroisent en tournée.

«Il y a une congestion spectaculaire, et c’est statistiquement impossible que tout le monde ne puisse, simplement, que faire ses frais. Il y a plus de monde au Québec qu’il y a 20 ans mais, en proportion, le nombre d’humoristes a grandi beaucoup plus rapidement que le public potentiel. Et une grande majorité de shows sont de très bonne qualité. Quand tu as déjà un “fond de commerce”, des gens qui te connaissent et te suivent, ça simplifie la chose, mais si tu es fraîchement nouveau, c’est plus difficile.»

François Morency amorcera sa tournée cette semaine, en brisant d’abord la glace avec sa première montréalaise, au Théâtre Maisonneuve de la Place des Arts, ce mercredi, 12 février. Pour connaître toutes les dates de spectacles, on consulte le site web du promoteur evenko (www.evenko.ca.). Il est à noter que Furieusement calme ne comporte pas d’entracte.

Le 11 mai prochain, François Morency sera aussi à la barre du 16e Gala Les Olivier, qui récompense les humoristes d’ici. L’an dernier, la fête était animée par Mario Jean et avait comme thématique principale la famille. Morency, lui, a déjà annoncé qu’aucune bannière du genre ne guidera sa soirée.

«Dans un gala de remise de prix, je trouve que c’est de s’handicaper que de s’imposer un thème. C’est de s’attacher un boulet que tu es pogné pour trainer pendant deux heures et demi. Moi, ma philosophie, c’est que la meilleure idée l’emporte. Il n’y a pas de lien entre le numéro d’ouverture et la présentation du gagnant du Meilleur vendeur de billets? Ce n’est pas grave. On ne sacrifie pas l’efficacité au détriment d’un fil conducteur. Nous, on se concentre à faire le gala le plus drôle et le plus efficace possible, pour représenter la variété de l’industrie, toutes les générations et tous les styles d’humour», conclut François Morency.

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