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Dix ans après sa mort, grande rétrospective Henri Cartier-Bresson à Paris

11/02/2014 04:08 EST | Actualisé 12/04/2014 05:12 EDT

Dix ans après la mort d'Henri Cartier-Bresson, le Centre Pompidou à Paris consacre une vaste rétrospective au photographe français, dont l'oeuvre embrasse une grande partie du XXe siècle.

Plus de 500 photographies, dessins, peintures, films et documents invitent à une relecture de son oeuvre. Henri Cartier-Bresson (1908-2004) a "souvent été présenté comme l'homme d'un seul type de photo, celui de +l'instant décisif+".

Nous voulons démontrer qu'il existe plusieurs Henri Cartier-Bresson", explique à l'AFP Clément Chéroux, commissaire de l'exposition, première rétrospective en Europe depuis la mort de l'artiste.

"Il y a d'abord un jeune homme qui se lance dans la photo et trouve sa voie dans le surréalisme. Il y a ensuite un photographe qui s'engage politiquement auprès des communistes et s'intéresse au cinéma comme moyen de propagande. Il y a enfin le photojournaliste avec la création en 1947 de l'agence Magnum", poursuit M. Chéroux, conservateur pour la photographie au Musée National d'Art moderne.

L'exposition, au déroulé chronologique, est composée presque uniquement de tirages d'époque. "Cela change la perception de l'oeuvre car de son vivant, la plupart des expositions supervisées par Cartier-Bresson étaient entièrement tirées pour l'occasion, ce qui donnait une impression d'uniformité", relève M. Chéroux.

Fils d'un industriel du fil de coton, le jeune Cartier-Bresson aime peindre et dessiner. Il intègre l'atelier du peintre André Lhote, où il contracte le goût de la composition et de la géométrie, et rencontre René Crevel qui l'introduit auprès des surréalistes.

Puis en 1930, il s'embarque pour l'Afrique, où il passe un an, vivant du produit de sa chasse. Tournant le dos à l'exotisme, il photographie le rythme de la vie africaine.

"Regard sur la vie"

De retour en France, il s'achète un Leica, "l'instrument parfait pour le dessin accéléré et l'exercice du regard sur la vie", expliquait-il en 1986. "J'allais fouiner, il n'y a pas d'autre mot, j'allais flairer avec l'appareil. Mais en plus, j'étais nourri de tout un bagage littéraire et visuel".

Après des photos composées instinctivement en respectant le nombre d'or, des images surréalistes qui cherchent à saisir la "beauté convulsive" chère à André Breton, Cartier-Bresson se tourne vers une photographie plus documentaire. Compagnon de route des communistes, il saisit la pauvreté, les premiers congés payés.

Il se met au cinéma, plus efficace pour toucher les masses, devient assistant de Jean Renoir. Dans le film "Partie de campagne" du cinéaste, on le voit faire de brèves apparitions en séminariste, en domestique...

Il tourne lui-même plusieurs documentaires dont l'un sur la Guerre d'Espagne. Fait prisonnier par les Allemands au début de la Seconde guerre mondiale, il s'échappe et entre dans la Résistance. Il photographie la Libération de Paris en 1944 mais aussi des camps de déplacés en Allemagne où il réalise l'image célèbre d'une indicatrice retrouvée par celle qu'elle avait dénoncée.

Avec David Seymour et Robert Capa, Cartier-Bresson fonde la coopérative Magnum. "Nous voulions être les témoins de notre époque".

En Inde, il photographie Gandhi juste avant son assassinat. En Chine, il assiste à la prise de pouvoir des communistes. Il photographie la décolonisation, Mai 68 en France.

"Arriver à pas de loup, être discret (...) Si on force les gens, on n'obtient rien", souligne Cartier-Bresson.

Un petit film des années 1960 permet de mieux comprendre sa façon de travailler. Élégamment vêtu, il se mêle à la foule parisienne, devant des panneaux d'affichage, son discret Leica à la main. Tel un chat, il tourne autour de sa proie, avant de fondre sur elle, rapide comme l'éclair.

Avec lui, pas de recadrage ni de retouches. Il n'aime pas la couleur, qui n'a pas "la force d'abstraction" du noir et blanc.

En 1970, il abandonne le reportage photographique pour revenir à sa première passion, le dessin. Attiré par le bouddhisme, il réalise des photos plus méditatives et contemplatives.

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