NOUVELLES

Centrafrique: risque de crise alimentaire avec la paralysie du commerce (ONG)

11/02/2014 04:55 EST | Actualisé 12/04/2014 05:12 EDT

La fuite forcée de nombreux commerçants de Centrafrique, pour la plupart des musulmans fuyant exactions et pillages dont ils sont les cibles, "fait craindre une crise alimentaire majeure" dans le pays, ont averti mardi plusieurs organisations internationales d'aide.

"La majorité du commerce alimentaire de Bangui dépend de 40 grands grossistes qui importent des denrées des pays voisins et les revendent aux détaillants", indique un communique des ONG Oxfam, Action contre la Faim, International Medical Corps, Mercy Corps et Tearfund.

"Dix importateurs restent à Bangui et pourraient partir si les conditions de sécurité ne s'améliorent pas dans un avenir proche", ajoute le texte.

"L'absence prolongée des grossistes serait catastrophique", souligne le communiqué: "elle conduirait à une pénurie des denrées de première nécessité et à une très forte inflation".

Le prix des denrées de première nécessité, telles que le manioc et l'arachide, a déjà augmenté. Le manioc a augmenté de 20 % depuis novembre, relèvent les ONG, ajoutant que les grossistes ont également signalé une diminution des ventes de 85 à 95 % au cours des deux derniers mois en raison de la baisse des revenus des populations et de l'augmentation des prix.

Car les petits commerçants ont également fui.

"Dans l'un des marchés désertés de Bangui, sur 37 vendeurs d'arachide seuls trois sont encore là", indique le communiqué.

"Compte tenu de la fuite des éleveurs (majoritairement musulmans), la viande a disparu de bien des étals de Bangui et, quand il y en a, elle est deux fois plus chère", selon la même source.

"Fait aggravant, 96 % des paysans n'ont pas accès aux semences selon une estimation des Nations unies, malgré le démarrage de la principale saison agricole dans moins d'un mois", s'alarment les ONG: "avec de mauvaises récoltes, la crise actuelle va se détériorer et durera toute l'année".

La minorité musulmane de la Centrafrique, qui tient nombre de commerces, est victime de violences des milices anti-balaka, issues de la poulation majoritairement chrétienne, victime d'exactions pendnt des mois des anciens rebelles de la Séléka, pour la plupart musulmans.

Ceux-ci sont parvenus au pouvoir en mars dernier et ont brutalement imposé leur loi jusqu'à l'intervention française de décembre dernier.

Assassinats, lynchages et pillages restent le lot quotidien en Centrafrique malgré les efforts des 1.600 soldats français de l'opération Sangaris et des 5.500 militaires africains de la Misca pour rétablir l'ordre dans la capitale.

Les violences ont fait près d'un million de déplacés et réfugiés, sur une population totale de 4,6 millions d'habitants, et provoqué une crise humanitaire sans précédent dans un pays qui figure parmi les plus pauvres du continent malgré son potentiel agricole et minier.

mc/jlb

PLUS:hp