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Syrie/ONU: tractations autour d'une résolution humanitaire, Moscou intraitable

10/02/2014 04:12 EST | Actualisé 12/04/2014 05:12 EDT

Les tractations se sont poursuivies lundi à l'ONU pour persuader Moscou de se rallier à un projet de résolution sur la situation humanitaire en Syrie que la Russie considère comme inutile, voire contre-productif.

Invités à une réunion informelle lundi matin autour de ce texte -- élaboré par le Luxembourg, l'Australie et la Jordanie et soutenu par des pays occidentaux et arabes -- la Russie et la Chine ont fait faux bond.

L'ambassadeur russe à l'ONU Vitali Tchourkine a jugé devant la presse que cette réunion "n'était pas nécessaire" et que le texte était "impossible à améliorer". "Ce texte ne sera pas adopté, croyez-moi", a-t-il lancé aux journalistes.

Il a répété que Moscou voulait "travailler de manière pragmatique", en faisant référence à l'opération d'évacuation de plusieurs centaines de civils assiégés à Homs (centre de la Syrie).

Pour M. Tchourkine, une telle résolution du Conseil de sécurité des Nations unies "n'aurait pas d'effet positif en pratique, (..) au contraire elle aviverait les tensions politiques et nuirait aux efforts humanitaires sur place". "Nous n'avons pas besoin de ça", a-t-il conclu, "particulièrement dans le contexte des négociations de Genève 2" entre pouvoir et opposition syriens qui ont repris lundi.

De leur côté, les Occidentaux font valoir qu'outre Homs, il y encore des centaines de milliers de Syriens bloqués dans le reste du pays, affamés et sans assistance médicale. Ils estiment aussi "qu'il sera difficile pour les Russes de mettre leur veto à une résolution humanitaire", explique un diplomate du Conseil.

Ils ont donc prévu de distribuer mardi matin le texte à l'ensemble des 15 membres du Conseil et de convoquer une nouvelle réunion mardi après-midi, au niveau des experts, en espérant que la Russie viendra.

Le projet de résolution, dont l'AFP eu copie, réclame un accès libre et sécurisé aux populations qui ont besoin d'aide, et notamment "la levée immédiate des sièges" de plusieurs villes où des milliers de civils sont pris au piège des combats. La résolution cite la vieille ville de Homs, mais aussi Nubl et Zahra (dans la région d'Alep, nord), le camp palestinien de Yarmouk à Damas et plusieurs localités de la Ghouta (périphérie rurale de Damas).

Ces demandes s'adressent "à toutes les parties, et en particulier aux autorités syriennes". Celles-ci sont également fermement invitées à "cesser immédiatement tout bombardement aérien de zones habitées" et l'utilisation contre les civils d'engins, comme les missiles Scud et les "barils d'explosifs", largués en grand nombre par l'armée de l'air syrienne à Alep. Ces méthodes "sont de nature à provoquer des blessures et une souffrance inutiles", souligne le texte qui rappelle "qu'il incombe en premier lieu aux autorités syriennes de protéger la population".

La résolution n'est pas contraignante et ne prévoit pas de sanctions automatiques en cas de non-respect de ses dispositions. Mais elle laisse ouverte la possibilité pour le Conseil de voter ultérieurement des sanctions individuelles et ciblées contre ceux qui "font obstacle à l'aide humanitaire" ou commettent des violences contre les civils.

Il faudra cependant pour cela une deuxième résolution et il est hautement improbable, selon des diplomates, que les Russes acceptent de sanctionner leur allié syrien alors qu'ils ont déjà bloqué à trois reprises depuis le début de la crise dans ce pays des résolutions visant à faire pression sur Damas.

avz/sam

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