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Syrie: retour au dialogue de sourds à Genève et offre russe de réunion élargie

10/02/2014 12:21 EST | Actualisé 12/04/2014 05:12 EDT

Les discussions sur le conflit syrien ont tourné au dialogue de sourds dès leur reprise lundi à Genève, les représentants de l'opposition et du gouvernement présentant des agendas opposés, ce qui a conduit la Russie à proposer une réunion élargie aux Russes et Américains.

Reçues successivement par le médiateur de l'ONU Lakhdar Brahimi, les deux délégations ont continué à avancer chacune selon leur propre agenda, comme elles l'avaient fait pendant la première session de négociations en janvier.

M. Brahimi, qui devait parler à la presse dans l'après-midi, a pour le moment renoncé à une conférence de presse.

Moscou a proposé lundi que les diplomates russes et américains se joignent à leur collègues de l'ONU pour une rencontre conjointe avec les deux délégations syriennes aux pourparlers en cours à Genève.

La Russie a fait cette proposition par la voix de son vice-ministre des Affaires étrangères Sergueï Bogdanov, selon l'agence publique Ria Novosti.

"Si des réunions complémentaires sous les auspices de l'ONU peuvent aider les négociations à avancer, nous sommes prêts à considérer" cette possibilité, a rapidement réagi un haut responsable américain sous couvert d'anonymat.

Des diplomates russes et américains, dont les pays sont co-parrains de la conférence, sont présents à Genève et suivent de près l'évolution des pourparlers.

La délégation gouvernementale a présenté lundi un projet de communiqué demandant "avec insistance" de la part des Nations Unies, représentées par M. Brahimi, "une condamnation claire" de l'attaque menée contre le village alaouite de Maan dans la province de Hama, où des rebelles islamistes ont tué dimanche au moins 21 civils et 20 combattants pro-régime, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

La délégation du gouvernement, dirigée par le chef de la diplomatie syrienne, Walid Mouallem, a demandé une nouvelle fois "que la fin des violences et du terrorisme, avec l'obligation pour les pays qui le soutiennent de cesser leur politique, soit le premier point sur lequel nous nous mettions d'accord", selon un projet de communiqué qu'elle a fait circuler.

Pour l'opposition, "stopper la violence du régime et former une autorité de gouvernement de transition sont les principaux sujets à notre agenda cette semaine", a déclaré son porte-parole Louai Safi.

L'opposition a présenté un rapport sur "les violences du régime d'Assad", le président syrien Bachar al-Assad, selon une source de l'opposition, affirmant que depuis le début des négociations en janvier, 1.805 Syriens ont été tués.

Un document en arabe de M. Brahimi, dont l'AFP a eu connaissance, circulait lundi à l'ONU à Genève. Il insiste sur les principes retenus par les grandes puissances en juin 2012 lors de la conférence Genève I. Il propose de traiter "en parallèle" la question de l'arrêt de la violence et du terrorisme, "priorité" pour le gouvernement, et celle de l'autorité gouvernementale de transition, "préalable" pour l'opposition.

"Les séances communes durant la première session n'ayant pas débouché sur des résultats notables, il est probablement préférable de tenir des réunions séparées, pour venir à des réunions plénières le second ou le troisième jour", indique le document.

"Le gouvernement syrien et sa délégation ne reculeront pas d'un pouce et resteront même si les autres s'en vont. La Syrie va rester à cette conférence", a assuré lundi le vice-ministre des Affaires étrangères, Faysal Mokdad.

Seul point concret de ce dialogue, l'ONU avait essayé d'arracher en janvier une "mesure humanitaire de confiance", un accord entre opposition et gouvernement pour venir en aide à la population de la vieille ville de Homs, dans le centre, assiégée depuis 2012.

Depuis quatre jours, un millier de civils ont été évacués par l'ONU des quartiers assiégés en dépit de tirs. Ce chiffre inclut 300 personnes évacuées lundi.

Des tractations se poursuivaient lundi à l'ONU à New York pour persuader Moscou de se rallier à un projet de résolution sur la situation humanitaire en Syrie, ont indiqué des diplomates.

Une réunion informelle a débuté lundi matin à New York autour de ce texte élaboré par le Luxembourg, l'Australie et la Jordanie et soutenu par des pays occidentaux et arabes. Outre ces trois pays, les ambassadeurs des cinq membres permanents du Conseil de sécurité (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Chine, Russie) devaient y assister, "mais les Russes ne sont pas venus", a indiqué un diplomate du Conseil. Le représentant chinois était également absent.

L'ambassadeur russe Vitali Tchourkine avait affirmé il y a quelques jours que Moscou considérait un tel projet de résolution comme contre-productif et préférait une "approche pragmatique", c'est-à-dire des accords locaux comme celui qui a permis l'évacuation de plusieurs centaines de civils de Homs.

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