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Suisse : splendide isolement du pays après le référendum sur l'immigration

10/02/2014 10:31 EST | Actualisé 12/04/2014 05:12 EDT

Avec le oui à la restauration des quotas d'immigration pour les étrangers, les électeurs ont plongé dimanche la Suisse prospère dans une crise majeure, exprimant un certain rejet des pressions de tous bords qui visent leur pays.

L'Allemagne, la France et l'UE ont protesté contre ce vote, qui aura des conséquences directes sur les nombreux ressortissants européens voulant travailler en Suisse, une procédure qui deviendra à l'avenir beaucoup plus compliquée qu'actuellement.

Le vote suisse pose des "problèmes considérables", a indiqué lundi le porte-parole de la chancelière allemande Angela Merkel.

"Les relations étroites qui lient la Suisse à l'Union européenne apportent des deux côtés aux populations de grands avantages et la liberté de circulation est au coeur de ces liens étroits", a-t-il ajouté.

Le ministre suisse des Affaires étrangères Didier Burkhalter, qui est aussi président en exercice de la Confédération, se rendra à Berlin le 18 février pour rencontrer la chancelière.

De son côté, Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, estime que le vote suisse est une mauvaise nouvelle pour l'Europe.

L'UE, a-t-il ajouté, va devoir réviser ses relations avec la Suisse.

"C'est un vote préoccupant parce qu'il signifie que la Suisse veut se replier sur elle-même (...) et c'est paradoxal car la Suisse fait 60% de son commerce extérieur avec l'Union européenne", a souligné le ministre français à la radio RTL.

"C'est un vote de protestation, et il se trouve qu'il s'exprime dans le référendum sur l'immigration", a déclaré à l'AFP le professeur Yves Flückiger, vice-recteur de l'université de Genève.

Selon lui, les Suisses ont fait un amalgame entre la présence d'étrangers non-européens, qui viennent en Suisse pour fuir la misère, et ceux qui viennent travailler.

Les Helvètes, qui s'informent beaucoup sur ce qui se passe à l'étranger, ont "eu peur que ce qui arrive au-delà de leurs frontières survienne aussi chez eux", et ils ont exprimé cette peur par leur vote.

Par ailleurs, la Suisse est depuis plusieurs années l'objet de nombreuses attaques venant de l'étranger, qui expliquent aussi ce repli identitaire.

Les Etats-Unis ont dans leur ligne de mire les banques suisses, pour avoir géré des fonds américains non déclarés. La France a dénoncé une convention bilatérale sur les successions avec la Suisse, pour en imposer une autre qui lui est plus favorable.

Enfin, la Suisse a été obligée de lâcher du lest sur son secret bancaire, qu'elle avait chèrement défendu, sous pression de l'OCDE.

Selon le politologue suisse Pascal Sciarini, "les Suisses ont montré dimanche par ce vote leur volonté de défendre leur modèle" envers et contre tout, et notamment "contre la globalisation, la mondialisation et les flux migratoires".

Les Suisses, a ajouté M. Sciarini, en ont aussi "assez d'être attaqués de partout, alors qu'ils estiment que leur système est le plus démocratique au monde", puisque c'est le peuple qui a le dernier mot.

"C'est un peu David qui se rebelle contre Goliath", a-t-il ajouté, en ajoutant que le vote de dimanche ouvrait cependant la voie à une "grande incertitude". "Les négociations avec Bruxelles étaient déjà suffisamment difficiles sans que l'on soit obligé de les compliquer encore davantage", a-t-il conclu.

Pour Stéphane Garelli, professeur d'économie à l'Université de Lausanne, "les Suisses sont des gens très pragmatiques". Changer d'avis ne provoque pas chez eux "de grandes questions philosophiques", a-t-il ajouté, se voulant optimiste sur la capacité de la Suisse de sortir à terme de cette crise.

La Suisse avait accepté la libre-circulation des personnes en signant des accords bilatéraux avec l'UE, un principe qu'elle est obligée de récuser avec le vote de dimanche.

Avant l'entrée en vigueur des accords de libre-circulation, la Suisse accueillait entre 20.000 et 30.000 étrangers par an.

Avec la libre-circulation appliquée progressivement depuis 2002, ce nombre a plus que doublé, avec 80.000 arrivants par an.

Le référendum de dimanche demande le retour des quotas, selon un système qui devra être mis en place par Berne dans un délai maximal de 3 ans.

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