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Suisse : les électeurs ont voté "oui" à la limitation de l'immigration

09/02/2014 12:50 EST | Actualisé 11/04/2014 05:12 EDT

Les électeurs suisses ont dit "oui" dimanche, à une courte majorité de 50,3%, à une limitation de l'immigration, ce qui risque d'envenimer les relations avec l'Union européenne.

Le référendum, intitulé "contre l'immigration de masse", a été organisé à l'initiative du parti UDC (droite populiste), excédé par la forte hausse du nombre des immigrés ces dernières années.

Les conséquences de ce vote suisse, qui marque un coup d'arrêt à la politique de libre-circulation des personnes entre l'UE et la Suisse, sont encore difficiles à évaluer.

La Commission européenne a aussitôt "regretté" la décision des Suisses d'introduire des quotas d'immigration et "examinera les implications de cette initiative sur l'ensemble des relations entre l'UE et la Suisse".

"En Suisse, il y a un système de démocratie directe, et le peuple s'exprime", a pour sa part déclaré le ministre suisse des Affaires étrangères Didier Burkhalter, qui assure en même temps la présidence tournante de la Confédération helvétique.

Les citoyens suisses "se sont donc prononcés pour un changement de système dans la politique suisse d'immigration", a souligné la ministre suisse de la justice Simonetta Sommaruga.

"C'est un mauvais résultat, la Suisse a besoin de bonnes relations avec l'UE", a, quant à lui, commenté le syndicaliste et député socialiste Paul Rechsteiner, dont le parti parle de "défaite".

Tandis que pour le patronat suisse, une période d'"incertitude commence pour l'économie suisse, ce qui n'est pas bon".

L'UDC, de son côté, s'est réjouie de ce résultat. "Nous avons gardé notre indépendance", a déclaré en son nom Christoph Blocher, ajoutant que le peuple suisse a dit "non" à la libre-circulation.

Plusieurs partis populistes ou d'extrême droite en Europe ont également fait part de leur satisfaction.

Ainsi, en France, le Front national, présidé par Marine Le Pen, a salué "la lucidité du peuple suisse".

C'est une "merveilleuse nouvelle pour les amoureux de la liberté et de la souveraineté nationale en Europe", a réagi Nigel Farage, le chef du parti britannique populiste Ukip.

En Autriche, le dirigeant du parti d'extrême droite FPÖ Heinz Christian Strache, a, quant à lui, parlé d'un "grand succès", affirmant qu'"en Autriche aussi, la majorité des personnes se prononcerait en faveur d'une limitation de l'immigration".

Depuis plusieurs années, la Suisse, un petit pays alpin, peuplé de huit millions d'habitants, qui ne fait pas partie de l'Union européenne, est considéré comme un Eldorado par de nombreux Européens à la recherche d'un emploi.

Près de 80.000 Européens s'y installent tous les ans, soit l'équivalent d'une ville moyenne, ce qui est considéré comme insupportable par les initiateurs du référendum.

Au moment de l'entrée en vigueur de la libre-circulation, qui s'est faite progressivement depuis 2002, les autorités avaient estimé qu'il n'y aurait que 8.000 nouveaux arrivants par an maximum.

Le texte voté dimanche prévoit le rétablissement de quotas et de contingents, pour les étrangers, les frontaliers et les demandeurs d'asile en fonction des besoins et des possibilités du pays.

C'est un système avec lequel la Suisse a vécu avant les accords bilatéraux avec l'UE et qui se traduit par beaucoup de tracasseries administratives, fustigées par les employeurs.

La Suisse est liée à l'UE par une série de sept accords bilatéraux, dont celui sur la libre-circulation.

De source européenne, on indique dimanche que si ce dernier accord est dénoncé, au bout de six mois, les six autres accords signés en même temps en 1999 (Bilatérales I) deviendront à leur tour caducs.

Toujours de même source, l'adhésion de la Suisse à l'espace Schengen abolissant les frontières, serait également remise en question, la libre circulation étant considérée comme un préalable par Bruxelles.

En 2013, les étrangers représentaient 23,5% (1,88 million de personnes) de la population en Suisse.

Avant les accords de libre-circulation avec l'UE, il y avait environ 20% d'étrangers dans ce pays. Actuellement, 1,25 million d'entre eux sont issus de l'UE-27 ou de l'Association européenne de libre-échange (AELE). Les Italiens et les Allemands sont les plus nombreux, avec respectivement 291.000 et 284.200 ressortissants.

Ils sont suivis par les Portugais (237.000) et les Français (104.000). A titre d'exemple, l'an dernier, la population du canton de Neuchâtel a progressé de 10%, une hausse due à une arrivée massive de ressortissants portugais.

A ces étrangers, il faut ajouter, selon l'UDC, les frontaliers qui sont dans la région de l'Arc Lémanique, autour du lac Léman, quelque 113.000, dans le Tessin 60.000, tout comme dans la région de Bâle.

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