POLITIQUE

Québec veut corriger ses lacunes en matière de sécurité civile

09/02/2014 05:02 EST | Actualisé 10/04/2014 05:12 EDT
THE CANADIAN PRESS/Paul Chiasson

Le ministère de la Sécurité publique du Québec savait avant la tragédie de Lac-Mégantic qu'il y avait un manque d'informations quant au transport de matières dangereuses. C'est ce qu'indique un premier document de consultation sur la politique de sécurité civile 2013-2023, daté de juin dernier, un mois avant la tragédie qui a fait 47 morts et causé d'immenses dégâts dans la municipalité estrienne.

Un texte de Davide Gentile

Le document obtenu par Radio-Canada indique que l'amélioration des connaissances nécessite la collaboration des organisations publiques et privées dans les activités liées à « la production, l'entreposage et [le] transport des matières dangereuses ». Le développement des connaissances en la matière, peut-on lire, apparaît d'ailleurs comme « un besoin important à combler ».

Les experts consultés par Radio-Canada estiment qu'on ne peut cependant pas faire de lien direct entre ce constat et la tragédie de Lac-Mégantic.

Ancien directeur de la sécurité civile à la Ville de Montréal, Jean-Bernard Guindon rappelle que c'est clairement la compagnie ferroviaire MMA qui porte le fardeau. La majeure partie du réseau ferroviaire est sous juridiction fédérale, mais il estime que si les villes avaient pu obtenir l'information des compagnies ferroviaires, dans un cas comme Lac-Mégantic, il aurait pu y avoir plus de prévention, voire un détournement de la voie ferrée.

Jean-Bernard Guindon martèle que le problème des matières dangereuses était connu des intervenants en sécurité civile depuis longtemps. Ce qui est étonnant, dit-il, « c'est de voir un aveu aussi candide dans le projet de politique ».

Une première politique de sécurité civile sous peu

Une deuxième version légèrement modifiée de cette politique de sécurité civile, obtenue par Radio-Canada, circule depuis quelques semaines. Le message de la première ministre Pauline Marois souligne que la dernière décennie a été marquée « par des catastrophes majeures ». Le gouvernement indique qu'il « adopte la présente politique » dans un contexte « de changements climatiques » qui sont présentés comme une certitude, tout comme l'augmentation de leurs conséquences.

« Vers une société québécoise plus résiliente aux catastrophes » : c'est le titre sans équivoque de la politique de sécurité civile 2013-2023. Le ministre de la Sécurité publique, Stéphane Bergeron, y précise qu'il souhaite « le développement d'une véritable culture de sécurité civile ».

Il faudra, y dit-on, renforcer les plans de mesure d'urgence et le niveau de préparation. Même l'aménagement des infrastructures et celui des villes elles-mêmes devront être modifiés pour contrer les sautes d'humeur de Dame Nature. Québec pense qu'il faut dès maintenant s'adapter aux éventuels impacts des changements climatiques.

Infrastructures : un autre constat inquiétant

Le vieillissement des infrastructures complique la situation en raison, souligne-t-on, de « leur conception parfois mal adaptée à l'augmentation des charges ou des tâches auxquelles elles sont soumises ». La politique prône des standards de réfection ou de construction plus élevés en raison de l'augmentation des phénomènes climatiques extrêmes.

Lacune d'importance : les infrastructures vulnérables ne seraient pas identifiées avec précision. Ingénieur et professeur à l'Université de Sherbrooke, Jean-Paul Lacoursière reconnaît là un gros défi. « Ce n'est pas possible de tout reconstruire », dit-il, mais on peut au moins relever la barre pour l'avenir.

Protéger les milieux humides, éviter de construire en bordure des cours d'eau : en clair, il faut imposer des règles d'urbanisme qui vont soustraire les citoyens aux risques qui se multiplient. On pense bien sûr aux pluies et au verglas, mais aussi aux glissements de terrain et même à des ruptures de barrage.

La politique reconnaît qu'« encore aujourd'hui, des bâtiments et des infrastructures sont construits sans que les risques en présence aient été pris en compte ». La vice-présidente de l'Union des municipalités du Québec, Suzanne Roy, reconnaît qu'il faut modifier les façons de faire. Mais il est impossible de refaire l'histoire. Il y a des gens, dit-elle, « qui résident près des voies ferrées, d'autres qui vivent aux abords des rivières, des lacs... »

Revoir le système de sécurité civile

Québec veut consolider et réorganiser le système actuel. Ainsi, il faudra augmenter la coordination et la politique précise que, dans certaines situations, « la possibilité de planifier la sécurité à l'échelle interrégionale doit être envisagée ». Jean-Bernard Guindon est formel. L'enchevêtrement d'autorités et le trop grand nombre de décideurs ralentissent les progrès dans le secteur de la sécurité civile. « Il a trop de joueurs et ils sont mal coordonnés », dit l'ancien directeur de la sécurité civile de la Ville de Montréal.

L'ingénieur Jean-Paul Lacoursière estime que cette politique est un pas dans la bonne direction. « Je dois féliciter le ministre Stéphane Bergeron, cela va dans la ligne de pensée des autres pays », dit-il. Mais M. Lacoursière pense qu'« on est forts dans l'écriture, mais dans l'exécution, on peut manquer ».

Jean-Bernard Guindon craint aussi l'absence de résultats.

Bref, reste à voir si Québec imposera des normes.

Les villes disent oui, mais veulent des moyens

La politique de sécurité civile 2013-2023 table beaucoup sur les villes et les MRC. Le président de la Fédération québécoise des municipalités, Bernard Généreux, martèle que les villes veulent de l'argent pour mettre à jour leurs plans de mesures d'urgence.

Du côté du ministère de la Sécurité publique, on se contente de dire que la première politique de sécurité civile sera présentée sous peu. La mise en oeuvre de cette politique devrait théoriquement se faire à partir de 2014. Un « plan d'action national » serait déposé.

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