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Syrie: tirs contre un convoi d'aides à Homs, l'opération humanitaire bloquée

08/02/2014 12:37 EST | Actualisé 10/04/2014 05:12 EDT

L'opération humanitaire pour transporter de l'aide aux habitants assiégés à Homs était bloquée samedi après des tirs contre un convoi d'aide et des accusations réciproques de violations de la trêve dans cette troisième ville de Syrie dévastée par la guerre.

Cette opération a été lancée vendredi par l'évacuation de 83 personnes qui étaient piégées dans des conditions effroyables dans les quartiers rebelles assiégés par l'armée depuis juin 2012 à Homs (centre), en application d'un accord entre les belligérants conclu sous l'égide de l'ONU.

L'ONU et le Croissant rouge syrien devaient faire parvenir samedi une aide d'urgence aux civils qui ont choisi de rester dans les quartiers assiégés et évacuer d'autres personnes souhaitant en sortir, mais les violences ont entravé l'opération.

Aucune aide n'a pu être distribuée et l'on ignorait si l'opération devait se poursuivre dimanche. L'accord prévoit une trêve de trois jours de 06H00 à 18H00 locales, s'achevant donc dimanche en principe.

Selon le Croissant rouge syrien, ses véhicules sont entrés dans les quartiers assiégés de la vieille ville dans l'après-midi pour distribuer l'aide mais ont été la cible de tirs qui ont fait un blessé, et d'obus.

L'organisation n'a accusé aucun des belligérants mais l'agence officielle et le gouverneur de Homs ont rendu les rebelles responsables des tirs contre le convoi du Croissant rouge accompagné de véhicules de l'ONU.

'Appel à la retenue' de l'armée

Dans le camp opposé, les militants ont accusé le régime d'avoir "bombardé" le convoi. "Les véhicules du Croissant rouge sont entrés (dans la vieille ville) avec cinq voitures de l'ONU et deux camions remplis d'aides humanitaires", a indiqué Yazan, un militant des quartiers assiégés.

"Au moment où ils entraient, la zone où ils se trouvaient et où des gens étaient rassemblés a été bombardée", a-t-il dit à l'AFP, via internet.

Tôt le matin déjà, cinq explosions ont retenti dans Homs, retardant l'aide humanitaire pour cette troisième ville du pays dévastée par la guerre qui ravage le pays depuis près de trois ans.

Le gouverneur de la province de Homs Talal al-Barazi avait alors également accusé les rebelles d'avoir rompu la trêve le matin tout en appelant l'armée à faire "preuve de retenue" pour permettre la poursuite de l'opération humanitaire.

Les militants anti-régime ont accusé à leur tour l'armée.

L'accord conclu après des mois de négociations prévoit un cessez-le-feu d'au moins trois jours à partir de vendredi pour permettre l'évacuation des femmes, enfants et personnes âgées le souhaitant de Homs et l'acheminement d'une aide d'urgence pour ceux qui choisissent d'y rester.

Selon l'ONU, il s'agit d'une aide d'urgence pour 2.500 personnes: nourriture, kits médicaux et d'hygiène, matelas, couvertures, ainsi qu'une somme en liquide et un soutien logistique "pour faire face aux besoins immédiats de ceux qui choisissent d'évacuer la zone et de ceux qui sont toujours dedans".

Considérée comme "la capitale de la révolution" contre le régime, la ville de Homs est divisée sur des bases confessionnelles, la majorité des sunnites soutenant les rebelles, et les alaouites, issus de la même communauté religieuse que le président Bachar al-Assad, appuyant le pouvoir.

Herbes et olives

Vendredi, 83 femmes, enfants et personnes âgées ont été évacués de la vieille ville, selon l'ONU.

Une vidéo amateur diffusée par un militant a montré un vieil homme emmitouflé dans une couverture et souriant en embrassant son fils, pour la première fois en 18 mois, après sa sortie de Homs.

Ces civils, assiégés pendant près de deux ans et bombardés presque chaque jour par l'armée qui cherche à reprendre leurs quartiers et accuse les rebelles d'utiliser les civils comme "boucliers humaines", manquaient de tout et se nourrissaient d'herbes et d'olives selon plusieurs témoignages.

Selon le porte-parole adjoint de l'ONU, Farhan Haq, les personnes évacuées vendredi ont été "transportées vers des endroits de leur choix, escortées par l'ONU et le Croissant rouge syrien".

Il s'agit du premier geste humanitaire du régime de Bachar al-Assad depuis le premier round de négociations avec l'opposition fin janvier en Suisse, qui n'avait abouti à aucun résultat.

Le régime a d'ailleurs confirmé sa participation au deuxième round de pourparlers prévu le 10 février à Genève, et visant à trouver une issue politique au conflit qui ensanglante la Syrie depuis près de trois ans et a fait plus de 136.000 morts, selon l'OSDH, et des millions de réfugiés et déplacés, selon l'ONU.

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