NOUVELLES

Syrie: accusations de violations de la trêve à Homs, retard de l'aide

08/02/2014 08:43 EST | Actualisé 10/04/2014 05:12 EDT

Le régime et les rebelles syriens se sont mutuellement accusés d'avoir violé samedi une trêve humanitaire à Homs, où l'ONU cherchait à faire parvenir une aide d'urgence à des civils assiégés depuis plus de 600 jours.

Au lendemain de l'évacuation de 83 personnes piégées dans des conditions effroyables dans les quartiers tenus par les rebelles et assiégés par l'armée depuis juin 2012 à Homs (centre), cinq explosions ont retenti tôt le matin dans ces zones, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

L'accord conclu entre le régime, les rebelles et l'ONU après des mois de négociations prévoyait un cessez-le-feu d'au moins trois jours à partir de vendredi pour permettre l'évacuation des femmes, enfants et personnes âgées le souhaitant et l'acheminement d'une aide d'urgence pour ceux qui choisissent d'y rester.

A la mi-journée, le Croissant-Rouge syrien a annoncé sur Twitter que les camions transportant l'aide humanitaire n'attendaient plus qu'un feu vert pour aller livrer leur cargaison dans la vieille ville de Homs, troisième ville du pays dévastée par la guerre qui ravage le pays.

Selon l'ONU, il s'agit d'une aide d'urgence pour 2.500 personnes: nourriture, kits médicaux et d'hygiène, matelas, couvertures, ainsi qu'une somme en liquide et un soutien logistique "pour faire face aux besoins immédiats de ceux qui choisissent d'évacuer la zone et de ceux qui sont toujours dedans".

Les cargaisons ont été "pré-positionnées" à Homs et le coordinateur humanitaire de l'ONU en Syrie, Yacoub El Hillo", avait dit espérer envoyer cette aide samedi matin. Mais cela n'a pu être le cas en raison des violences.

Appel à la 'retenue' de l'armée

Selon le gouverneur de la province de Homs Talal al-Barazi, cité par l'agence officielle Sana, "les groupes terroristes armés ont rompu la trêve ce matin dans la Vieille ville de Homs avec des tirs d'obus de mortier sur le siège de la police".

"Il a été communiqué aux commandants militaires de faire preuve d'une retenue maximale pour permettre l'évacuation de civils retenus par les groupes armés dans la Vieille ville de Homs", a-t-il ajouté.

Mais des militants ont accusé en retour dans un communiqué le régime d'entraver l'opération.

"Les secteurs assiégés ont été bombardés au mortier depuis samedi matin. Le bombardement vise également la route que doit emprunter le convoi humanitaire", ont ajouté les militants, assurant que les tirs provenaient des secteurs pro-régime à majorité alaouite à la lisière des quartiers assiégés.

Considérée comme "la capitale de la révolution" contre le régime, la ville de Homs est divisée sur des bases confessionnelles, la majorité des sunnites soutenant les rebelles, et les alaouites, issus de la même communauté religieuse que le président Bachar al-Assad, appuyant le pouvoir.

Vendredi, 83 femmes, enfants et personnes âgées ont été évacués de la vieille ville, selon l'ONU. D'autres évacuations devait avoir lieu samedi.

Une vidéo amateur diffusée par un militant a montré un vieil homme emmitouflé dans une couverture et souriant en embrassant son fils, pour la première fois en 18 mois, après sa sortie de Homs.

Herbes et olives

Ces civils, assiégés pendant près de deux ans et bombardés presque chaque jour par l'armée qui cherche à reprendre leurs quartiers et accuse les rebelles d'utiliser les civils comme "boucliers humaines", manquaient de tout et se nourrissaient d'herbes et d'olives selon plusieurs témoignages.

Selon le porte-parole adjoint de l'ONU, Farhan Haq, les personnes évacuées vendredi ont été "transportées vers des endroits de leur choix, escortées par l'ONU et le Croissant rouge syrien".

Les évacuations doivent se poursuivre dans les prochains jours, selon le gouverneur de Homs, Talal Barazi, précisant que les femmes, les enfants de moins de 15 ans et les hommes de plus de 55 ans étaient autorisés à partir.

Il s'agit du premier geste humanitaire du régime de Bachar al-Assad depuis le premier round de négociations avec l'opposition fin janvier en Suisse, qui n'avait abouti à aucun résultat.

Le régime a d'ailleurs confirmé sa participation au deuxième round de pourparlers prévu le 10 février à Genève, et visant à trouver une issue politique au conflit qui ensanglante la Syrie depuis près de trois ans et a fait plus de 136.000 morts, selon l'OSDH, et des millions de réfugiés et déplacés, selon l'ONU.

ram-rim/fcc/tp

PLUS:hp