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Ras-le-bol en Bosnie contre la pauvreté et l'incompétence du pouvoir

08/02/2014 05:32 EST | Actualisé 10/04/2014 05:12 EDT

La Bosnie s'est réveillée samedi sous le choc avec des ruines fumantes de bâtiments officiels, au lendemain d'émeutes contre la pauvreté dans les grandes villes du pays, 20 ans seulement après une guerre traumatisante.

"Etat de guerre! Le pouvoir brûle!", titrait à la une samedi le quotidiens Oslobodjenje, après les émeutes qui ont fait vendredi plus de 150 blessés.

Le calme était revenu dans la nuit de vendredi à samedi dans ce pays de 3,8 millions d'habitants où plusieurs villes ont été la veille le théâtre de violentes manifestations sans précédent depuis la guerre intercommunautaire (1992-95).

A Sarajevo, dans la matinée, une forte odeur de brûlé se répandait à proximité des bâtiments abritant la présidence collégiale du pays et l'administration régionale de sa capitale qui ont été incendiés la veille.

Des pompiers ont lutté toute la nuit contre les flammes. L'immeuble de l'administration régionale a quasiment entièrement brûlé à l'intérieur, selon un responsable de la brigade municipale des pompiers.

Des manifestations contre la pauvreté, qui ont eu lieu pour le troisième jour consécutif, ont tourné à l'émeute aussi à Tuzla (nord-est), à Mostar (sud), à Zenica (centre) et à Bihac (nord-ouest).

Des hooligans qui ont rejoint des milliers de manifestants ont saccagé et incendié des immeubles de l'administration de l'Etat dans toutes ces villes.

"C'est très triste de voir ces villes en flammes moins de vingts ans après la traversée d'un autre enfer", a dit à l'AFP habitante de Sarajevo au chômage, Jasminka Fisic.

Ex-république yougoslave, la Bosnie a été de 1992 à 1995 le théâtre d'un conflit intercommunautaire sanglant ayant fait quelque 100.000 morts.

"Les gens ont le droit d'agir et dire ce qu'ils pensent, mais pas en démolissant les villes. Je pense que l'unique voie pour changer quelque chose est de juger et mettre en prison ceux qui ont pillé ce pays depuis vingt ans", a-t-elle ajouté.

Sous la pression de la rue, les chefs des administrations régionales de Tuzla et Zenica ont présenté leur démission.

Ces manifestations illustrent l'exaspération de la population face à la corruption qui gangrène la société et face à une classe politique engluée dans des querelles politiciennes et incapable de redresser l'économie sinistrée de ce pays ou le chômage touche 44% de la population active.

Le mouvement est parti de Tuzla, jadis la plus importante ville industrielle de Bosnie, mais où des dizaines d'entreprises qui employaient des milliers de personnes ont été ruinées dans le processus des privatisations ou qui sont en faillite.

"La colère des affamés, des pauvres, des chômeurs, des opprimés accumulée au cours des deux décennies a explosé dans les rues", fait valoir le principal quotidien bosnien, Dnevni Avaz.

Pour son éditorialiste Vlastimir Mijovic "les citoyens n'entendent plus supplier le pouvoir". "Un autre temps est venu, le temps (...) d'une pression énergique" sur les autorités, ajoute-t-il.

De leur côté, la délégation de l'Union européenne en Bosnie et l'ambassade des Etats-Unis ont demandé que cessent les actes de violence.

L'accord de paix de Dayton (Etats-Unis), qui a mis la fin au conflit en 1995, a mis en place en Bosnie une structure institutionnelle très complexe où le pouvoir est partagé entre Serbes, Croates et Musulmans et quasiment en permanence en situation de blocage à cause des disputes interethniques.

A cause de ces blocages, la Bosnie s'est retrouvée au cours des dernières années à la traîne de tous les autres pays des Balkans dans le processus de leur rapprochement avec l'Union européenne.

Le pays est divisé en deux entités, une serbe et l'autre croato-musulmane, qui sont unies par un faible gouvernement central.

Le mouvement de protestation a embrasé principalement les villes de l'entité croato-musulmane mais une manifestation a également eu lieu vendredi dans la ville serbe de Banja Luka (nord), sans incidents.

rus/cn/pt

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