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Crise au Burundi: recul du pouvoir, mais rien n'est réglé

08/02/2014 10:41 EST | Actualisé 10/04/2014 05:12 EDT

Le pouvoir burundais a été contraint de reculer dans le conflit l'opposant au principal parti tutsi, à l'origine d'une crise menaçant de briser le fragile équilibre politico-ethnique du pays, mais rien n'est encore réglé, selon les observateurs.

Vendredi, le ministre de l'Intérieur, qui avait tenté fin janvier d'imposer un nouveau dirigeant à la tête de l'Union pour le progrès national (Uprona), allié du parti au pouvoir au sein du gouvernement, a dû faire marche arrière après que le candidat pressenti, Bonaventure Niyoyankana, proche du pouvoir, eut finalement décliné l'offre.

La manoeuvre des autorités, perçue comme une tentative de noyauter un parti devenu critique, a ouvert une grave crise politique dans ce petit pays d'Afrique centrale, qui a subi entre 1993 et 2006 une longue guerre civile.

Car la Constitution, issue d'accords ayant permis la paix, garantit un partage du pouvoir entre la majorité hutu (85% de la population) et la minorité tutsi (14%). Cet équilibre s'articulait jusqu'ici autour du tandem formé par le parti hutu au pouvoir CNDD-FDD du président Pierre Nkurunziza et l'Uprona, principal parti tutsi.

La décision du ministre de l'Intérieur, Edouard Nduwimana, a d'abord entraîné le limogeage du premier vice-président du pays, Bernard Busokoza, tutsi issu de l'Uprona, coupable d'avoir désavoué le ministre, puis le départ des trois ministres Uprona du gouvernement, menaçant le précaire équilibre à la tête du Burundi où la question ethnique reste sensible.

Vendredi, M. Niyoyankana a finalement décidé de renoncer à la présidence de l'Uprona, contraignant les autorités à une série de marches arrières.

"Nous prenons acte de la décision de Bonaventure Niyoyankana de renoncer au poste de président de l'Uprona et nous demandons aux organes habilités de ce parti (...) de se réunir rapidement afin de doter l'Uprona d'un nouveau leadership", a déclaré Edouard Nduwimana.

La présidence burundaise a été contrainte d'annuler en urgence une session du Parlement, convoquée vendredi pour adouber le nouveau vice-président du pays... proposé par M. Niyoyankana en tant que président de l'Uprona.

Des dizaines de policiers burundais, déployés depuis une semaine pour interdire l'accès du siège de l'Uprona aux militants et dirigeants, avaient quitté les lieux samedi matin.

Pour les observateurs, si accalmie il y a, la crise est néanmoins loin d'être terminée, l'Uprona, seul parti avec le CNDD-FDD à n'avoir pas boycotté les élections générales de 2010, entendant désormais profiter de cette victoire et négocier chèrement son retour.

"L'Uprona est prête à revenir au gouvernement, mais (...) pas à n'importe quelles conditions", a expliqué Evariste Ngayimpenda, un des dirigeants du parti, tenant d'une ligne radicale demandant le départ du gouvernement de l'Uprona.

Il a notamment exigé "des négociations sur les grandes préoccupations de l'heure avec le pouvoir Nkurunziza, sous les auspices de la communauté internationale".

"L'Uprona peut revenir au gouvernement car c'est un droit constitutionnel, mais il n'y a rien à négocier entre nous", lui a répondu samedi Onésime Nduwimana, porte-parole du CNDD-FDD.

Alors qu'approchent les élections générales de 2015, le parti tutsi s'était récemment montré très virulent sur des sujets comme le troisième mandat auquel aspire le président Nkurunziza, le projet de modification de la Constitution - qui met notamment fin à la minorité de blocage d'un tiers au Parlement - ou les questions de la répartition des terres.

L'Uprona sort renforcée de cet épisode face au CNDD-FDD, jusqu'ici bénéficiaire du rapport de forces, selon les observateurs.

"Aujourd'hui, le président Nkurunziza et son parti sont dans l'impasse, car ils ont sous-estimé les frustrations et la détermination du parti Uprona", analyse un diplomate en poste à Bujumbura.

Le CNDD-FDD et l'Uprona semblent bien condamnés par la Constitution au dialogue, à moins d'entraîner le pays dans une crise extrêmement grave.

"La Constitution du Burundi prévoit que le (nouveau) premier vice-président doit provenir du même parti que le sortant, c'est-à-dire de l'Uprona", rappelle un haut fonctionnaire onusien ayant requis l'anonymat. "Je ne vois pas comment le président Nkurunziza pourra éviter un minimum de dialogue politique avec ce parti, à moins de violer la loi fondamentale du Burundi".

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