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Afrique du Sud: le président étrille sa police "à la gâchette facile" (presse)

08/02/2014 09:27 EST | Actualisé 10/04/2014 05:12 EDT

Le président sud-africain Jacob Zuma descend en flammes la police de son pays à la réputation épouvantable dans une interview publiée samedi, alors qu'au moins neuf personnes sont mortes à cause de policiers depuis début janvier.

La colère de l'opinion publique ne cesse de monter contre ces agents à la main lourde, et à l'approche des élections générales du 7 mai, M. Zuma n'a pas mâché ses mots, contrairement à la hiérarchie policière.

"Non, je ne suis pas content. Je ne pense pas que quiconque puisse l'être avec cette police à la gâchette facile. Ce n'est pas bien du tout", a-t-il déclaré dans un entretien au groupe Independant Newspapers, dont des extraits ont été diffusés sur le site internet du groupe et publiés dans l'hebdomadaire Saturday Star.

"La police doit être formée, spécialement formée, en particulier dans un pays qui est enclin aux manifestations", a ajouté M. Zuma.

Le président tient ces propos au lendemain de la mort d'un mineur gréviste - un leader syndical local - dans des heurts avec la police, dans la province de Limpopo (nord).

Sept autres ont été abattus dans d'autres manifestations, tandis qu'un dernier aurait péri après avoir été poussé d'un fourgon de police, selon des sources policières. Des enquêtes, notamment pour meurtre, sont en cours.

Le ministre de la Police Nathi Mthethwa a rejeté la faute sur les manifestants, affirmant que "le nombre d'armes dangereuses auxquelles la police doit faire face est énorme".

La "ceinture de platine" du nord de l'Afrique du Sud avait déjà été le théâtre d'un bain de sang, lorsque 34 mineurs avaient été abattus par la police en août 2012, lors d'une grève à la mine de Marikana.

La grève pour les salaires dans les mines s'inscrit dans un contexte de fort mécontentement à propos de l'explosion des inégalités, du chômage endémique et de la pauvreté persistante.

M. Zuma s'est également inquiété de la violence des grévistes.

"Un mineur en grève portait une arme, vraiment prêt à tuer. En fait ils avaient tué 10 personnes avant que la police ne tire sur les gens", a assuré M. Zuma en parlant des meurtres de Marikana.

"Si nous ne faisons que critiquer la police sans parler des manifestations violentes, je pense que nous passons à côté du sujet", a-t-il dit.

"Parce que les policiers comprennent ce qu'est la démocratie, ils se dirigent innocemment vers des gens qui manifestent. Et sur quoi tombent-ils? Sur des gens qui ont des pierres, des outils, des pneus enflammés, des barrages routiers, que sais-je encore", a ajouté le président.

"Ce que nous n'avons pas réglé en tant que pays, c'est la culture et l'héritage de violence de l'apartheid", a-t-il estimé.

Les manifestations violentes avaient marqué les dernières années de l'apartheid. Leur résurgence actuelle montre la fin de la période de grâce pour le parti de M. Zuma, l'ANC, au pouvoir sans discontinuer depuis la chute du régime raciste il y a 20 ans.

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