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Rwanda: à son procès, Simbikangwa défend la thèse du double génocide

07/02/2014 12:46 EST | Actualisé 09/04/2014 05:12 EDT

L'ex-capitaine rwandais Pascal Simbikangwa a reconnu vendredi, lors de son procès historique à Paris, le génocide des Tutsi au Rwanda, pour lequel il est accusé de complicité, en l'opposant au "génocide hutu, beaucoup plus étendu".

Pour la première fois depuis l'ouverture mardi de ce procès devant les assises de Paris, le président du tribunal Olivier Leurent, a demandé à l'accusé s'il reconnaissait le génocide qui fit 800.000 morts entre avril et juillet 1994, essentiellement parmi la minorité tutsi mais aussi parmi les opposants hutu au régime extrémiste hutu de l'époque.

"Le génocide des Tutsi est réel et incontestable, mais il ne peut effacer le génocide (des) Hutu, beaucoup plus étendu", a déclaré Pascal Simbikangwa.

Il faisait référence aux violences et massacres, documentés par des ONG internationales, qui ont suivi le génocide, notamment dans l'est du Zaïre (aujourd'hui République démocratique du Congo) où s'étaient réfugiés des Hutu rwandais, parmi lesquels se cachaient des génocidaires, et où est intervenue la nouvelle armée rwandaise issue de la rébellion tutsi qui a pris le pouvoir en mettant fin au génocide.

Le président lui faisant remarquer que l'historien Stéphane Audouin-Rouzeau, qui venait de déposer devant le tribunal, avait estimé que cette théorie du "double-génocide" relevait du négationnisme, l'ex-capitaine de l'armée et des services de renseignement a déclaré "ne pas partager ce point de vue".

"Que je sache, le génocide suppose une volonté d'exterminer une partie ou la totalité d'une population en considération de son ethnie, sa religion ou sa race. Le FPR (Front patriotique rwandais, ex-rébellion tutsi) massacrait les réfugiés et savait qu'ils étaient hutu", a-t-il dit.

Alain Gauthier, président du Collectif des parties civiles pour le Rwanda, a jugé que la reconnaissance du génocide des tutsi était "déjà un point", tout en qualifiant de "minable" le fait pour l'accusé d'affirmer qu'il n'avait pas su ce qui se passait.

"Il vient de reconnaître le génocide tutsi, c'est déjà un point. Mais il revendique un génocide hutu. Les Tutsi ont été exterminés parce qu'il étaient Tutsi, il y avait une volonté étatique. (...) Les morts dans les camps (en RDC) sont malheureusement les morts qu'on trouve dans toute guerre, mais il n'y avait aucune volonté du gouvernement rwandais (issu du FPR) d'exterminer les Hutu", a-t-il relevé.

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