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La fille du roi d'Espagne attendue par le juge, une première qui ébranle la monarchie

07/02/2014 10:41 EST | Actualisé 09/04/2014 05:12 EDT

Assise sur un fauteuil de velours rouge, face au portrait de son père, le roi d'Espagne Juan Carlos, l'infante Cristina doit répondre samedi au juge des Baléares qui l'a inculpée de fraude fiscale, une première dans l'histoire d'une monarchie affaiblie par les scandales.

Jusqu'au dernier instant avant sa convocation, samedi à 09H00 GMT, le suspens régnera: l'infante choisira-t-elle de parcourir à pied, comme n'importe quel justiciable, ou en voiture, comme le recommande la police, les quelques mètres d'une ruelle pavée en pente qui la mèneront jusqu'à la porte du tribunal.

En bas, l'attendront des caméras de télévision du monde entier, quelque 300 journalistes s'étant accrédités pour suivre un évènement inédit dans l'histoire de l'Espagne: l'audition par un juge du premier membre de la Famille royale jamais mis en examen.

Dès vendredi, la frénésie médiatique était palpable devant le tribunal de Palma, sur l'île de Majorque.

Dans une cohue de journalistes, du jamais-vu selon les habitués du tribunal, le juge d'instruction José Castro est arrivé dans la matinée sur son fidèle scooter.

Interrogé sur ce qu'il ressentait avant l'audition la plus attendue de sa carrière, il a lancé sur un ton tranquille: "je vais parfaitement bien".

Dans son bureau, le magistrat a ensuite tranché sur les derniers recours présentés avant l'audition, confirmant notamment que celle-ci ne serait enregistrée qu'en version sonore et non pas en images.

Au deuxième étage du tribunal, la salle d'audition était prête à recevoir Cristina, âgée de 48 ans.

Mise en examen début janvier pour fraude fiscale et blanchiment d'argent, la princesse prendra place samedi sur le même fauteuil en bois tapissé de velours rouge qu'avait utilisé en février 2012 son époux, Iñaki Urdangarin, inculpé dans la même affaire.

Sur le mur en face d'elle sera accroché le portrait officiel de son père, le roi Juan Carlos.

Flanqué notamment du procureur anti-corruption et des avocats des différents parties, le juge Castro cherchera à savoir si Cristina a coopéré avec les activités délictueuses dont est soupçonné son mari.

Ancien médaillé olympique de handball reconverti dans les affaires, Iñaki Urdangarin, 46 ans, a été inculpé le 29 décembre 2011 par le même magistrat, soupçonné d'avoir, avec son ancien associé, détourné 6,1 millions d'euros d'argent public.

Une partie de ces fonds auraient été détournés vers Aizoon, une société écran détenue pour moitié chacun par Cristina et son époux, selon l'enquête du juge, qui devrait demander à l'infante d'expliquer des dépenses personnelles apparemment payées avec l'argent de l'entreprise.

Un hélicoptère de la police survolait déjà les abords du tribunal vendredi. Dès l'aube samedi, la circulation sera interdite dans les rues adjacentes, seuls les piétons autorisés pouvant entrer dans ce périmètre tandis que les manifestants convoqués par une petite association républicaine seront tenus à distance de l'entrée.

Pendant son interrogatoire, Cristina pourrait toutefois entendre leurs cris par les fenêtres de la salle, témoins de l'indignation que suscite sur l'île et en Espagne cette enquête.

Sa mise en examen a porté un coup sans précédent à l'image de la monarchie espagnole, assaillie par les scandales et les accrocs de santé du roi, âgé de 76 ans.

Le juge Castro avait inculpé l'infante une première fois, au printemps 2013, pour trafic d'influence, mais cette décision avait été annulée à la demande du Parquet. Cette fois, Cristina a renoncé à faire appel, la Maison royale, empêtrée dans le scandale, se disant prête à "respecter les décisions de justice".

"Avec la distance, je suis convaincu que la majorité des Espagnols verront clairement que l'infante est innocente", a déclaré vendredi Jesus Silva, l'un de ses avocats, avec qui elle préparait sa défense à Barcelone.

L'infante ne devrait arriver, en avion, sur l'île que samedi matin, selon les médias espagnols.

Cristina, Federica de Bourbon et de Grèce, éviterait ainsi de dormir au palais de Marivent, où, perchée sur les rochers dominant la mer Méditerranée, la Famille royale a passé ses étés pendant plus de 30 ans, pour le plus grand bonheur des photographes. Avant de se faire beaucoup plus discrète depuis que le scandale a éclaté.

elc/sg/bir

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