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Hollande dans la Silicon Valley: un choc fructueux, espèrent les expatriés

07/02/2014 12:45 EST | Actualisé 08/04/2014 05:12 EDT

La visite de François Hollande mercredi dans la Silicon Valley dissipera les malentendus accumulés entre la France et ses entrepreneurs et sera, espèrent ceux-ci, le déclic nécessaire pour que l'élite politique française se mette à aimer ses créateurs d'entreprises.

Que le président se déplace en Californie, "ce n'est pas forcément pour les entrepreneurs français que c'est bien, mais c'est plus pour la France", dit Pascale Vicat-Blanc, fondatrice de Lyatiss, une société spécialisée dans le "cloud" (informatique dématérialisée), à l'AFP. "Il y a une prise de conscience de quelque chose d'important, il était temps".

"En France --et en Europe de façon générale-- on a un déficit d'écosystème organisé. Ici il y a tout: au niveau technologique, mais aussi au niveau financier, au niveau +sales+ (commercial, ndlr). On n'a pas ça en Europe".

L'immersion, ne serait-ce qu'une seule journée, d'une bonne partie du gouvernement français dans cet "écosystème" servirait de cours de rattrapage express à une classe politique forcément dépassée.

Anne Bezançon vit à San Francisco depuis 1996. Sa dernière idée, Placecast, a été lancée en 2005 (premier client: Microsoft) et depuis, elle a observé comment les responsables politiques qui se rendent dans la Silicon Valley en ressortent "secoués".

"On sent qu'il y a une espèce de choc une fois qu'ils ont fait deux jours de meetings avec Google, Facebook et des dizaines d'autres boîtes", explique-t-elle à l'AFP. "D'un coup, on sent bien que c'est tellement différent de la façon dont ils pensent le monde et le business".

"Le choc est utile car ça ouvre la porte", dit-elle, même si "c'est une question de génération et de culture, on ne transforme pas un pays du jour au lendemain".

Vu des Etats-Unis, les affaires Dailymotion, Netflix et Uber sont jugées consternantes. Les freins gouvernementaux à leur développement en France témoignent, selon plusieurs entrepreneurs, de réflexes protectionnistes incompatibles avec un esprit d'innovation.

Et les alliés manquent: si la ministre déléguée à l'Economie numérique Fleur Pellerin est appréciée du milieu tech, son patron Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, l'est beaucoup moins.

"Less is best"

Un petit comité d'entrepreneurs français (Criteo, Talend, Deezer, eXo Platform, Scoop.it... selon une liste officieuse) rencontrera mercredi le président François Hollande à San Francisco.

L'un d'eux, Carlos Diaz, est connu comme le loup blanc: il est à l'origine du mouvement des "pigeons", en 2012, une révolte d'entrepreneurs via Facebook contre la hausse un temps envisagée de la taxation des plus-values sur les cessions d'entreprises, une initiative qui aurait découragé les investisseurs.

"Entre l'artisan boucher et le patron du CAC 40, il y a au milieu des entrepreneurs, des jeunes issus de milieux sociaux très variés, et qui investissent tout. Ils font un pari sur leur avenir à un moment de leur vie qui est critique", dit Carlos Diaz, fondateur de Kwarter, à l'AFP.

"La classe politique de gauche comme de droite regarde notre monde d'une façon passéiste", observe-t-il. "Les gens qui arrivent ici à San Francisco ne fuient pas le fisc. Ce sont des cerveaux, ce sont les élites de la société française qui en ont marre d'être stigmatisées".

L'afflux d'ingénieurs français et de chercheurs en biotechnologies est indéniable, témoigne la "dinosaure" Eliane Fiolet, fondatrice de ubergizmo.com, et qui a mis les pieds dans la Silicon Valley en 2000 pour la première fois.

"La France, elle a les gens, mais elle n'en fait rien", dit-elle.

François Hollande devrait inaugurer un "French Tech Hub", une structure publique encore mal définie de soutien aux start-up. L'approche est symptomatique, selon Carlos Diaz, de la myopie des dirigeants français, habitués à appuyer une idée par des fonds publics.

"Les entrepreneurs ont besoin de liberté, d'espace, de reconnaissance et d'être encouragés", souligne-t-il. "J'ai envie d'un François Hollande qui me fasse rêver, qui soit un leader, j'ai pas envie d'un François Hollande qui vienne me dire: +j'ai de l'argent à vous donner mais il faut faire ça en échange+".

"Less is best. Moins ils en font, et mieux ce sera", conclut-il.

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