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Bruxelles et Washington à couteaux tirés à propos de l'Ukraine

07/02/2014 07:04 EST | Actualisé 09/04/2014 05:12 EDT

Les propos peu amènes et embarrassants d'une diplomate américaine de haut rang contre l'Union européenne révèlent la lutte d'influence que se livrent Bruxelles et Washington à propos de l'Ukraine sous le regard narquois de Moscou.

La secrétaire d'Etat américaine adjointe chargée de l'Europe, Victoria Nuland, a tenu au téléphone des propos désobligeants sur le rôle de l'Union européenne en Ukraine. "Que l'UE aille se faire foutre", lance-t-elle à son interlocuteur qui pourrait être l'ambassadeur des Etats-Unis en Ukraine, Geoffrey Pyatt, selon une bande-son mise en ligne sur YouTube jeudi.

"Pas de commentaire", a réagi la porte-parole de la chef de la diplomatie de l'UE, Catherine Ashton tandis que Mme Nuland, qui se trouve actuellement à Kiev, a refusé de "commenter une conversation diplomatique privée".

"Notre préoccupation est ailleurs, sur le terrain, avec les Ukrainiens pour essayer de les aider à trouver une solution à crise actuelle", a assuré la porte-parole de la Commission européenne, Pia Ahrenkilde-Hansen

"Nous allons continuer, avec nos partenaires internationaux, à déployer tous nos efforts" pour résoudre la crise en Ukraine, a-t-elle ajouté.

Mais la fuite bien orchestrée des propos de Mme Nuland fait grincer les dents en coulisses à Bruxelles. "Dire que l'UE ne fait rien en Ukraine, rien n'est plus faux", s'est emporté un haut responsable européen s'exprimant sous couvert de l'anonymat. "Nous sommes, nous avons été et nous serons très actifs" pour résoudre la crise politique en Ukraine, a-t-il martelé.

L'ambassadeur d'un grand pays européen a souligné que l'UE était impliquée en Ukraine "depuis de longues années". Il a mis au compte de la diplomatie européenne et de ses contacts "fréquents et réguliers" avec les autorités et l'opposition ukrainiennes le fait que le Premier ministre ukrainien Mykola Azarov ait démissionné ou que le Parlement ait promulgué une amnistie ou abrogé les lois répressives.

"Absolument inacceptables"

Plus directe, la chancelière allemande, Angela Merkel a jugé "absolument inacceptables" les propos de Mme Nuland.

"La chancelière estime ces propos absolument inacceptables. La chancelière veut une nouvelle fois marteler que Mme (Catherine) Ashton (la chef de la diplomatie de l'UE) fait un excellent travail", a indiqué la porte-parole adjointe du gouvernement allemand.

Dans une autre bande-son posté sur YouTube mardi, on entend Helga Schmid, le bras droit de Mme Ashton, parler en allemand à un certain Jan qui pourrait être Jan Tombinski, l'ambassadeur de l'UE en Ukraine.

Elle se plaint des critiques américaines sur le peu d'enthousiasme des Européens à l'idée d'imposer des sanctions à l'Ukraine. "Il est très ennuyeux que les Américains se répandent en critiques contre l'UE et disent que nous sommes trop mous", dit-elle. Elle demande à son interlocuteur d'aller voir l'ambassadeur américain pour lui réclamer des explications. "Pourquoi nous mettent-ils en cause et nous ridiculisent-ils?", demande la diplomate européenne. "Je ne veux pas que Cathy (Ashton) soit mise à l'écart. Cela peut politiquement nous faire mal", ajoute-t-elle.

La mise en lumière de différends entre alliés tombe à pic pour les autorités russes qui accusent l'Occident de s'ingérer en Ukraine et d'y attiser les tensions.

Une porte-parole du Département d'Etat, Jennifer Psaki a mis en cause les autorités russes pour avoir fait de la publicité autour de l'affaire Nuland en relayant la bande-son sur twitter.

L'une des premières personnes à avoir mis le lien de YouTube sur twitter est Dmitri Loskoutov, un proche collaborateur du vice-premier ministre russe, Dmitri Rogozine, ancien ambassadeur de la Russie auprès de l'Otan.

"L'Occident doit arrêter le chantage et l'intimidation dont l'illustration est la rencontre de Nuland avec les oligarques, les représentants du président et de l'opposition", a déclaré récemment un conseiller du président Vladimir Poutine, Sergueï Glaziev, dans une interview accordée au quotidien Kommersant Ukraine.

aje/cb/ros

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