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Pédophilie: l'Eglise sur la défensive après les sévères accusations de l'ONU

06/02/2014 06:01 EST | Actualisé 08/04/2014 05:12 EDT

Auréolée ces derniers mois de la popularité du pape François, l'Eglise catholique s'est retrouvée jeudi sur la défensive face aux vives critiques de l'ONU l'accusant de protéger les prêtres pédophiles.

"Une gifle", a commenté à chaud un cardinal cité par la Repubblica, après la publication du rapport du Comité des droits de l'enfant des Nations unies, selon lequel le Saint-Siège a adopté des pratiques "qui ont porté à la poursuite des abus sur des mineurs et l'impunité des coupables".

Pour l'Eglise catholique, le coup est d'autant plus dur que depuis l'élection du pape François, plus chaleureux et plus communicateur que son timide prédécesseur Benoît XVI, elle paraissait regagner un important capital de sympathie, y compris auprès du monde laïc.

Le rapport de l'ONU l'a renvoyé à cette "honte", selon le terme utilisé par François et Benoît XVI: des dizaines de milliers d'enfants abusés par des membres du clergé dans le monde entier pendant des décennies. Des crimes aggravés par l'omerta qui les entourait, la haute hiérarchie étant accusée d'avoir protégé les coupables pour préserver la réputation de l'Eglise.

Depuis, "la dernière décennie a connu un changement de voie", comme le rappelle Luigi Accattoli dans le Corriere della Sera. Pour la seule période 2011-2012, près de 400 prêtres ont été "défroqués", c'est-à-dire réduits à l'état laïc.

Sous le pontificat de Benoît XVI, la collaboration avec les autorités civiles a été recommandée, plusieurs évêques accusés d'avoir couvert les crimes pédophiles ont dû même démissionner. Le délai de prescription de ces crimes a été porté à vingt ans après la majorité de la victime...

"Avec la lenteur qui la caractérise, l'ONU n'a pas perçu le climat nouveau dans l'Eglise avec l'élection du pape François", dénonce l'éditorialiste Gianni Riotta dans la Repubblica.

"Il y a des passages du rapport qui semblent avoir été écrits en 2010", relève le vaticaniste Marco Politi, selon lequel toutefois le texte de l'ONU reste "précieux" car il "porte à la lumière tout ce qui, encore aujourd'hui, ne fonctionne pas".

Si le Vatican a chargé les conférences épiscopales d'appliquer les normes édictées et de mettre en place des structures de prévention, toutes n'ont pas réagi, en particulier dans les pays du Sud.

En outre, pour Marco Politi, le Vatican doit désormais "aller jusqu'au bout" en rendant obligatoire le défèrement des coupables à la justice civile - comme l'a réclamé l'ONU -, car "si la pédophilie est un crime, le silence d'un évêque n'est pas acceptable".

Enfin, la commission d'experts pour la protection des mineurs dans l'Eglise, dont la création a été annoncée en décembre dernier, doit commencer à travailler.

Le Vatican a promis "une réponse articulée" et le dévoilement d'un plan "dans les prochains jours ou semaines" pour lutter contre la pédophilie, a dit son porte-parole, le père Federico Lombardi.

"Le Saint-Siège saisit que certaines choses doivent être faites différemment", avait affirmé Mgr Charles Scicluna, ancien procureur du Vatican chargé des crimes sexuels, lors de son audition devant l'ONU.

Reste que d'autres recommandations de l'ONU prônant une approche plus souple de l'avortement ou du mariage gay resteront sans doute lettre morte, étant considérées comme des "ingérences", voire un procès "idéologique".

"Ils ont tout mélangé et affaibli le rapport", a estimé la porte-parole de la Conférence épiscopale américaine, May Ann Walsh. "L'avortement et la contraception sont des thèmes qui déclenchent des guerres culturelles, alors que les abus sexuels sont un crime".

"A quel autre état membre ou observateur l'ONU demande-t-elle explicitement de changer sa constitution ou son code civil ou pénal, comme elle le fait avec le Saint-Siège en prétendant qu'elle modifie le code du Droit canon ?", s'interroge Enzo Bianchi, influent prieur de la communauté monastique de Bose (nord).

Comme le rappellent les experts jeudi, pour le Vatican, "la défense de la vie", et donc la condamnation de l'euthanasie ou de l'avortement, restent des "valeurs non négociables".

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