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Libye: la prolongation du mandat du Congrès suscite controverse et craintes

06/02/2014 04:25 EST | Actualisé 07/04/2014 05:12 EDT

A l'approche du 7 février, qui devait initialement sonner le glas du Parlement, la décision du Congrès de prolonger son mandat alimente les tensions en Libye, les appels à manifester faisant craindre des débordements en pleine période de transition chaotique.

Elu en juillet 2012 lors des premières élections libres du pays après plus de quatre décennies de dictature de Mouammar Kadhafi, le Congrès général national (CGN) avait pour mission de préparer l'élection d'une Constituante et d'organiser des élections générales, dans un délai de 18 mois.

Selon ce calendrier, prévu par une déclaration constitutionnelle, sorte de mini-Constitution provisoire qui régit la transition post-Kadhafi, son mandat devrait donc s'achever le 7 février.

Mais le CGN a entériné lundi soir sa décision de prolonger son mandat jusqu'en décembre 2014, opérant des amendements constitutionnels, malgré l'opposition d'une grande partie de la population qui critique son incapacité à rétablir l'ordre et mettre fin à l'anarchie.

Le Congrès a aussi adopté une "feuille de route" prévoyant deux scénarios: des élections générales en fin d'année, si la Commission constitutionnelle (Constituante) arrive à adopter un projet de Loi fondamentale dans un délai de quatre mois après son élection, prévue le 20 février.

Si la Constituante se déclare incapable de finir ses travaux 60 jours après son entrée en fonction, alors le "plan B" stipule que le CGN appellera aussitôt à des élections présidentielle et législative en vue d'une nouvelle période de transition de 18 mois.

Des organisations de la société civile et une partie de la classe politique ont à diverses reprises exprimé leur hostilité à toute idée de prolongation du mandat du CGN, et plusieurs manifestations ont déjà eu lieu dans différentes villes.

Un mouvement qui a adopté comme slogan "Non à la prolongation" a même été créé à Benghazi (est), avec des ramifications dans plusieurs villes, réclamant la dissolution du Congrès.

Des manifestations sont prévues vendredi, suscitant la crainte de débordements, sur fond de surenchère entre groupes armés rivaux.

Ainsi la Cellule des opérations des révolutionnaires en Libye, une milice pro-islamiste officieusement sous la tutelle de l'armée, a apporté son appui "à la légitimité" du Congrès, tout comme les puissants groupes armés de Misrata (ouest) qui ont tenu à souligner que le "Congrès était une ligne rouge" à ne pas franchir.

Leurs rivaux de la ville de Zenten, parmi les groupes armés les plus influents, assurent de leur côté qu'ils protègeront tout mouvement populaire contre le Congrès.

Impasse

La prolongation du mandat du CGN divise aussi la classe politique.

L'Alliance des forces nationales (AFN, libérale), principale force politique du pays, s'est déclarée contre cette décision, défendue par les islamistes.

Cette prolongation est "non démocratique", a indiqué l'AFN dans un communiqué, ajoutant que ce genre de décision requiert "un consensus global ou un référendum".

La position de l'AFN sème toutefois la confusion, ses propres députés ayant voté pour la prolongation de leur mandat.

Reconnaissant aux citoyens "le droit d'exprimer leurs opinions à travers un mouvement de contestation", le porte-parole du CGN Omar Hmeidan a indiqué toutefois, que "ces revendications ne serviraient pas les intérêts du pays dans la phase actuelle".

"La dissolution du Congrès sans avoir une alternative va créer une vacance du pouvoir et provoquer un vide sécuritaire", a-t-il ajouté.

Mais l'activiste politique Aboubakar al-Badri a accusé le Congrès d'orchestrer "une parodie visant à prolonger indirectement son mandat", soulignant que "le Congrès est déterminé à ne pas quitter le pouvoir".

"Une quarantaine d'initiatives de sortie de crise ont été présentées durant ces derniers jours au Congrès qui n'en a pas tenu compte" a-t-il déploré.

De son côté, le politologue Younès al-Majabri a fait état d'une "impasse", estimant que le mandat du CGN s'achève sans qu'une passation de pouvoir ne soit prévue.

Ces tiraillements politiques interviennent au moment où le sort du Premier ministre Ali Zeidan, est toujours incertain, même après l'échec d'une motion de censure contre son gouvernement.

Cette semaine, les détracteurs du Premier ministre ont indiqué que des blocs parlementaires avaient convenu de trouver un remplaçant à M. Zeidan dans un délai de deux semaines.

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