POLITIQUE

Le PQ veut faire le procès du fédéralisme pour mousser son option souverainiste

06/02/2014 10:14 EST | Actualisé 08/04/2014 05:12 EDT

SHAWINIGAN, Qc - Pauline Marois considère qu'elle aura les coudées franches pour réaliser la souveraineté si les électeurs lui accordent un gouvernement majoritaire à la prochaine élection.

Pour susciter la ferveur souverainiste, la première ministre compte sur le livre blanc sur l'avenir du Québec que son gouvernement déposera une fois reporté au pouvoir. Même si elle refuse de s'engager à tenir un référendum, Mme Marois se garde toutes les portes ouvertes au cas où la conjoncture devenait favorable à la souveraineté pendant le mandat.

«Nous aurons une consultation avec le livre blanc, je suis souverainiste et quand les personnes m'élisent moi et mon gouvernement, j'ai la possibilité de faire la souveraineté», a déclaré la chef péquiste, jeudi en point de presse, au terme d'un caucus de deux jours à Shawinigan en Mauricie.

La forme que prendra la consultation n'est pas arrêtée, a précisé Mme Marois. Le gouvernement jongle avec un modèle de consultation itinérante similaire à la Commission Bélanger-Campeau sur l'avenir politique et constitutionnel du Québec. Dans son rapport, en 1991, la Commission avait proposé la tenue d'un référendum sur la souveraineté-association l'année suivante. Finalement, la consultation a plutôt porté sur l'entente de Charlottetown, rejetée par les Québécois et les Canadiens.

À trois ans du 150e anniversaire du Canada (2017), le temps est venu pour les Québécois de soupeser à nouveau les pour et les contre de leur appartenance à la fédération canadienne, estime la première ministre.

«L'idée n'est pas de faire un livre noir» du Canada, a tenu à préciser la députée de Charlevoix. L'exercice sera rigoureux et présentera les avantages et des inconvénients de la fédération, a-t-elle insisté. Mme Marois n'avait toutefois que des désavantages en tête quand le temps est venu d'illustrer son propos.

«Quels sont les aspects économiques pour lesquels le Québec a obtenu des avantages ou a été pénalisé? Je regarde dans les dernières années, l'importante aide que nous avons apportée à l'industrie de l'automobile en Ontario, aux frégates qui ont été construites un peu partout ailleurs qu'au Québec, ce sont ces aspects qui vont être mis de l'avant», a dit la chef du gouvernement.

Pour le ministre des Affaires intergouvernementales, Alexandre Cloutier, le livre blanc sera non seulement l'occasion de consulter la population dans chacune des régions mais aussi de souligner à grands traits les errements du système fédéral.

S'il ne faut pas «présumer des conclusions de cette consultation», il est évident, selon le ministre, que «le système du fédéralisme nuit à l'économie du Québec (et) nuit à plusieurs égards aux Québécois». Il a cité en exemple les différends sur la réglementation des valeurs mobilières et sur le financement des fonds de travailleurs.

«Il est grand temps qu'on en prenne à nouveau connaissance et qu'on apporte les correctifs nécessaires», a-t-il évoqué en point de presse.

Quant à lui, le ministre de l'Enseignement supérieur, Pierre Duchesne, a admis sans détour que le livre blanc et la consultation à venir serviront à «se donner les plans du pays». L'exercice permettra de faire de la «pédagogie» pro-souverainiste, a-t-il dit.

D'après M. Duchesne, l'une des raisons pour laquelle la première ministre entretient le flou sur la date du prochain référendum est qu'elle ne veut pas fournir de munitions au gouvernement fédéral.

«Vous ne pouvez pas annoncer, téléguider des gestes semblables à l'avance. Le gouvernement fédéral a tout fait dans les deux derniers référendums pour ne pas respecter la démocratie», a-t-il soulevé, dénonçant les manoeuvres passées d'Ottawa pour influencer le vote en faveur du Non.

Le député Léo Bureau-Blouin, la caution «jeunesse» du Parti québécois, voit dans le livre blanc l'opportunité pour les jeunes de trouver matière à s'enthousiasmer pour le projet d'indépendance de leurs aînés.

«Ça va être la première génération post-1995 à se positionner sur la question nationale. De plus en plus de jeunes Québécois, on le voit dans les sondages, ont un grand degré d'indécision», a-t-il dit.

L'initiative «va réussir à faire regagner la ferveur» pour la souveraineté, a souhaité l'ancien leader étudiant.

Avec cette promesse d'un livre blanc et à quelques mois tout au plus d'une élection, le gouvernement péquiste espère aussi forcer la main au chef libéral Philippe Couillard qu'il accuse de vouloir intégrer le Québec dans le giron constitutionnel sans consulter la population.

«Est-ce que M. Couillard est aussi démocrate que le Parti québécois? C'est la question qu'on lui pose. On ne peut pas aller en élection sans que les Québécois sachent si M. Couillard va engager l'avenir du Québec sans consulter les Québécois», a dit le ministre des Relations internationales, Jean-François Lisée.

Même si elle refuse d'ouvrir son jeu sur le calendrier électoral, la première ministre ne peut dissiper le sentiment que tout est en place pour un appel aux urnes au printemps. Elle a même confirmé jeudi les informations de la veille à l'effet qu'elle pourrait lancer le Québec en campagne électorale avant même le dépôt du budget, d'ici avril.

«Il est possible d'aller en élection sans budget», a argué Mme Marois, faisant valoir que l'ensemble des données financières sont connues et à la disposition du public depuis la mise à jour économique et financière de l'automne.

«Les faits sont connus avec la mise à jour budgétaire présentée en novembre dernier. On n'apprendrait pas grand-chose avec un budget, on se comprend. Mais le budget est en préparation et je prendrai mes décisions en conséquence du climat dans lequel je me trouverai à l'Assemblée nationale», a-t-elle lâché.

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