BIEN-ÊTRE
04/02/2014 03:30 EST | Actualisé 06/02/2014 09:11 EST

Le Paris des livres (PHOTOS)

courtoisie

Du café Les Deux Magots, à Saint-Germain-des-Prés, à La Closerie des lilas, boulevard Montparnasse, plusieurs lieux parisiens sont associés au Paris littéraire. Les Hemingway, Fitzgerald et autres écrivains américains en ont fait leurs quartiers généraux à l’époque de la Prohibition. L’âme des Mallarmé, Verlaine, Rimbaud et autres Prévert semble toujours flotter entre les tables aujourd’hui majoritairement occupées par les touristes.

Quiconque aime la littérature voit Paris avec un regard différent. Le lecteur n’est jamais bien loin du voyageur. On a parfois l’impression de plonger entre les pages des romans qui nous ont fait voir du pays bien avant que la réalité nous permette de rejoindre le rêve. Impossible de ne pas penser à Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir en pénétrant au Café de Flore, devenu leur second chez-soi, comme l’a raconté Sartre : «Nous nous y installâmes complètement: de neuf heures à midi, nous y travaillions, nous allions déjeuner, à deux heures nous y revenions et nous causions alors avec des amis que nous rencontrions jusqu'à huit heures. Après dîner, nous recevions les gens à qui nous avions donné rendez-vous. Cela peut vous sembler bizarre, mais nous étions au Flore chez nous.»

Visites guidées

Plusieurs agences proposent des visites guidées sous le thème de la littérature. C’est le cas de Dédale. «Paris a fasciné les auteurs depuis toujours et tout Paris est visitable sous l'angle de la littérature», affirme Aurore Juvenelle, guide-fondatrice de l’entreprise, qui organise des parcours selon différentes thématiques.

Si l’on doit se limiter seulement à un ou deux quartiers, lesquels devrait-on privilégier selon elle? «C'est finalement une question de goûts... Parmi les classiques incontournables, il y aurait sans doute Saint-Germain-des-Prés, et tout le Paris détruit par Haussmann au 19ème (le centre de Paris - quoique l’on puisse l'appliquer à tout Paris: Zola parle beaucoup du quartier de l'Opéra, du 18ème arrondissment qui est totalement au nord).»

Les lieux qui lui viennent spontanément à l’esprit quand on lui demande ses incontournables? «À brûle-pourpoint, je dirais La place Dauphine, sur l'Ile de la Cité, avec à l'esprit cette phrase d'André Breton : "Il me semble aujourd'hui difficile d'admettre que d'autres avant moi, s'aventurant sur le place Dauphine par le Pont Neuf, n'aient pas étés saisis à la gorge à l'aspect de sa conformation triangulaire et d'ailleurs légèrement curviligne et de la fente qui la bissecte en deux espaces boisés. C'est à ne pas s'y méprendre, le sexe de Paris qui se dessine sous ses ombrages" (La clé de Champs, 1953). »

Elle poursuit : «Faire une visite amoureuse de Paris, corporelle... Pour les bras par exemple, il y a la Seine, et les nombreux poèmes qui ont été écrit sur elle (de Verlaine à Prévert), pour le ventre il y a les Halles (Le ventre de Paris de Zola). Et puis fontaine des Innocents, juste à côté, ancien plus vaste de cimetière de Paris: Le Parfum de Patrick Suskind. Car c'est là que nait Jean-Baptiste Grenouille, au milieu du marché au poisson (il faut savoir qu'avant les cimetières étaient des zones détaxées, donc on avait coutume de les utiliser comme place du marché!)... Mais on a aussi le 5ème arrondissement où vivait Hemingway, d'où il nous a écrit Paris est une fête.»

(Le texte se poursuit sous la galerie)

Quelques photos du Paris littéraire

Les maisons d’écrivains

La maison de Victor Hugo, au 6 Place des Vosges, dans le Marais, se visite gratuitement (sauf l’exposition temporaire). On découvre l’homme derrière les classiques, mais aussi la vue qu’il avait depuis cet appartement. En déambulant dans les différentes pièces, on en apprend plus sur sa vie. La location d’un audioguide est à conseiller.

«Au niveau du 94 Boulevard de Clichy (18ème arrondissement), on rentre dans une petite impasse qui s'appelle la cité Véron, indique Aurore Juvenelle. Au numéro 6, il y a la maison de Boris Vian, transformée en musée qu'on peut visiter sur demande. On a aussi la maison de Romain Gary au 108 rue du Bac (7ème arrondissement). Et le Musée des lettres et manuscrits au 222 boulevard Saint-Germain, dans le même arrondissement. Ce musée conserve des manuscrits originaux des plus grands auteurs dans lesquels on voit donc leur écriture originale; certains auteurs écrivent dans un jet, d'autres raturent beaucoup, c'est génial! Et tant qu'à être dans le quartier, on arrive à Saint-Germain-des-Prés où officiaient Vian, Sartre, etc.»

La blogueuse Valerie Thibault a quant à elle beaucoup apprécié la visite de la maison de Balzac, au 47 rue Raynouard (métro Passy), comme elle l’a raconté sur son blogue La déroutée. « J’étais toute seule qui visitait l’appartement de Balzac qui, nous dit-on, est la seule demeure parisienne de l’auteur qui a résisté au temps, écrit-elle. Il y aurait corrigé toute la Comédie humaine (137 oeuvres!) entre 1840 et 1847. Un petit appartement de cinq pièces qui nous fait sentir toute la grandeur de l’oeuvre balzacienne, ces petites chambres où vécut un homme qui a créé toute une société dans son imaginaire (dans une pièce on retrouve d’ailleurs la généalogie d’une grande partie de ses personnages), avec tant de minutie et de précision. Entourée de ce qu’il reste de ses objets personnels, de son bureau, je me suis dit: "wow".»

Au Musée du Carnavalet (admission gratuite, sauf pour l’exposition temporaire), dans Le Marais, il est par ailleurs possible de voir la chambre de Marcel Proust. S’y trouve même le lit sur lequel il a dormi de l’âge de 19 ans à sa mort!

Nul doute que la ville continuera longtemps d’inspirer les auteurs… et les voyageurs.

Merci à Loc’appart, qui a permis à notre journaliste d’occuper l’un de ses appartements pendant la préparation de ce reportage, et à Atout France pour le coup de pouce logistique.