NOUVELLES

France: la vie ou mort d'un tétraplégique dans les mains de la justice

06/02/2014 06:08 EST | Actualisé 08/04/2014 05:12 EDT

Le Conseil d'Etat, plus haute instance administrative française, est appelé à décider de la vie ou de la mort d'un homme de 38 ans, tétraplégique et en état végétatif chronique, au centre d'un vif débat en France sur l'euthanasie.

Les médecins, l'épouse et un neveu de Vincent Lambert, qui réclament que les soins de cet homme soient arrêtés, ainsi que les parents du malade qui s'y opposent par conviction religieuse, devaient être entendus jeudi par le Conseil d'Etat, dont la décision sera sans appel.

Le juge qui examinera cette affaire peut rendre sa décision, qui fera jurisprudence, la mettre en délibéré ou la renvoyer devant une procédure collégiale. L'arrêt est très attendu par le corps médical ainsi que par les opposants à l'euthanasie passive, que souhaite instaurer en France le gouvernement socialiste de François Hollande.

Le 16 janvier, un tribunal administratif de Châlons-en-Champagne (est), saisi par les parents, avait décidé le maintien en vie de Vincent Lambert.

"Le laisser partir est un acte d'amour", affirme son épouse, qui avait annoncé le 28 janvier un recours devant le Conseil d'Etat pour demander l'arrêt du "maintien en vie artificielle" de son mari.

Sous pression du ministère de la Santé, l'hôpital où est hospitalisé Vincent Lambert avait finalement déposé lui aussi un recours ainsi que François Lambert, son neveu.

"Si la décision reste en l'état, elle modifiera profondément les pratiques médicales actuelles et conduira à une augmentation de l'acharnement thérapeutique pourtant refusé massivement par nos concitoyens", estime la Société française d'accompagnement et de soins palliatifs (Sfap).

"Aucune communication"

Vincent Lambert, ancien infirmier psychiatrique, est tétraplégique en état pauci-relationnel (état de conscience minimale) sans espoir de récupération depuis un accident de la route en septembre 2008.

Son épouse et une partie de la famille avaient donné leur accord à l'arrêt de la nutrition et de l'hydratation artificielles du patient en concertation avec l'équipe médicale.

Saisi par les parents, des catholiques traditionalistes opposés à l'euthanasie passive de leur fils, le tribunal administratif avait estimé que "la poursuite du traitement n'était ni inutile, ni disproportionnée et n'avait pas pour objectif le seul maintien artificiel de la vie".

Les juges avaient affirmé que le patient entretenait "un certain lien relationnel" et qu'il était impossible d'interpréter sa volonté.

Vincent "souffre de lésions cérébrales irréversibles et aucune communication même sommaire n'a jamais pu être établie avec lui", explique pourtant le Dr Eric Kariger, qui dirige le service de soins palliatifs de l'hôpital de Reims (est).

En avril 2013, un premier protocole de fin de vie avait déjà été engagé, mais sans consulter les parents vivant dans le sud de la France, qui avaient saisi la justice et obtenu la reprise des soins de leur fils.

Une deuxième procédure d'arrêt des traitements avait été lancée en septembre intégrant l'ensemble de la famille et quatre experts. Seul l'expert des parents avait plaidé en faveur du maintien en vie de Vincent.

Pour Jean Paillot, l'avocat des parents, "Vincent n'est ni malade ni en fin de vie, il est handicapé. Le Conseil d'Etat ne peut pas autoriser froidement son euthanasie passive".

Le président français a réaffirmé à la mi-janvier sa volonté de voir adopter une loi permettant à une personne atteinte d'une maladie incurable de demander une "assistance médicalisée pour terminer sa vie dans la dignité".

Ce débat intervient en France alors que les défenseurs de la famille traditionnelle, réunis au sein du collectif "Manif pour tous" et opposés à l'euthanasie, viennent de remporter une première victoire. Le gouvernement a reporté un projet de loi controversé sur la famille au lendemain d'importantes manifestations.

pau/fff/ial/kat/ml

PLUS:hp