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03/02/2014 04:35 EST | Actualisé 05/04/2014 05:12 EDT

Les olympiens canadiens pas exempts des problèmes de santé mentale

Reuters

CALGARY - Plusieurs olympiens canadiens sont plus en forme et ont meilleure apparence que le commun des mortels. Et ils sont parmi les meilleurs au monde dans ce qu'ils font. Il est donc difficile de croire que certains d'entre eux broient du noir.

Les athlètes olympiques ne sont toutefois pas immunisés contre la dépression et les problèmes d'angoisse ou de dépendance. Une étude française a conclu que «la fréquence des problèmes de santé mentale chez les athlètes est aussi élevée, sinon plus élevée, que parmi la population ordinaire».

«Parce que des athlètes sont devenus nos héros, les gens pensent qu'ils ne peuvent pas souffrir de problèmes de santé mentale, a mentionné le docteur Saul Marks, psychiatre sportif à Toronto. Comme monsieur et madame tout le monde, les athlètes peuvent souffrir de problèmes de santé mentale.»

Deux Canadiennes médaillées olympiques savent ce que c'est que d'être une athlète de haut niveau tout en souffrant de dépression.

La cycliste Gillian Carleton, de Victoria, s'automutilait et n'avait pas d'énergie pour se lever de son lit, un an après avoir gagné le bronze en poursuite par équipe aux Jeux d'été de Londres en 2012.

L'été dernier, Carleton a expliqué dans un texte cru publié sur le site bicycling.com l'impact de son problème de santé mentale sur sa vie comme athlète et comme être humain.

«J'étais malade, sans motivation et j'avais de la difficulté à mettre de l'ordre dans ma vie, a expliqué Carleton. J'avais presque l'impression que je devais quelque chose à mes coéquipières, mes amis et mes commanditaires qui ont investi en moi et de leur dire que 'je le jure, j'essaie. Je ne reste pas ici à être payée à rien faire et que c'est difficile pour moi de simplement sortir de mon lit et m'entraîner.'»

Avec des antécédents familiaux de dépendance et un père alcoolique, la patineuse de vitesse et cycliste Clara Hughes a toujours craint que le même sort la guettait.

Après avoir gagné deux médailles de bronze en cyclisme aux Jeux d'Atlanta en 1996, Hughes se sentait isolée et malheureuse. Elle a pleuré à chaque jour dans une cabine de toilette lors d'un camp d'entraînement de l'équipe canadienne.

«Vous gagnez la médaille et vous avez ce succès et, après quelques mois, vous réalisez 'ce n'est pas ça qui va me rendre heureuse ou qui va me définir puisque je suis toujours la même personne'», a déclaré Hughes.

«Absolument rien qui provient de l'extérieur — pas une médaille, pas le succès, pas la reconnaissance — va changer ces sentiments que vous ressentez.»

Hughes et Carleton ne blâment pas le sport pour expliquer leur dépression, mais les deux ont utilisé le sport afin de tenter de s'en sortir. Elles se sont mises dans la tête que si elles étaient en meilleures formes et plus rapides, elles se sentiraient mieux.

Elles croient aussi que les aspects physiques, mentaux et émotifs extrêmes nécessaires afin de remporter une médaille d'or peuvent avoir un impact sur la personnalité.

«Quand vous voyagez à cause du sport, vous vivez dans une bulle, a expliqué Hughes. C'est malsain à plusieurs niveaux et ça attire des personnes qui sont capables de se pousser à des niveaux extrêmes. Je sais car j'en suis un exemple.

«Les hauteurs que je pouvais atteindre au niveau émotif afin de me pousser au niveau physique... là où je pouvais aller, je pouvais aussi chuter dans l'équivalent en terme de bas.»

«Vous pouvez obtenir du succès mais, en même temps, il y a un danger de surmenage, a ajouté Carleton. Il y a beaucoup d'athlètes qui sont capables de trouver un juste milieu, mais ceux comme Clara, par exemple, qui ont connu beaucoup de succès, sont certainement plus à risque de connaître des cycles de hauts et de bas.»

Carleton, âgée de 24 ans, évolue au sein de l'équipe Specialized-lululemon ainsi qu'avec l'équipe nationale canadienne. Elle a reçu un premier diagnostic de dépression quand elle était à l'école secondaire. Elle traite sa maladie avec un mélange de séances de discussions et d'antidépresseurs.

Hughes a remporté quatre autres médailles olympiques, dont l'or en patinage de vitesse. Elle a effectué un retour au cyclisme et a pris sa retraite après avoir terminé cinquième lors de l'épreuve sur route à Londres, en 2012.

Sans la quête constante de l'excellence sportive, Hughes croyait pouvoir retrouver naturellement un équilibre émotionnel. Elle avait tort.

«Au fur et à mesure que les mois passaient... toutes ces voix dans ma tête, toutes ces choses que je me disais étaient si négatives et si répugnantes contre moi-même, je me disais: 'Je pensais que ces choses se passaient dans ma tête à cause du sport, que le sport me rendait ainsi', a-t-elle expliqué.

«J'ai alors compris que c'était comme ça que j'étais et que j'avais beaucoup de travail à faire.»

Hughes soutient que des athlètes canadiens qui seront à Sotchi, en Russie, vivent avec des problèmes de santé mentale.

«Je peux vous dire que les personnes les plus fortes m'en ont déjà parlé, a-t-elle noté. Ça démontre que vous ne pouvez pas juger une personne par ce que vous voyez en surface.

«Les athlètes ne sont pas exclus de la statistique qui dit qu'un Canadien sur cinq — je crois que c'est plutôt un Canadien sur trois — va connaître des problèmes de santé mentale.»

Hughes ne regrette pas sa vie d'athlète et les montagnes russes d'émotions en cours de route. Elle souhaite que les olympiens canadiens qui seront à Sotchi ne craignent pas de partager leur fardeau physique et mental.

«Vous pouvez regarder notre équipe olympique et voir ces gars et ces filles qui sont super beaux, mais il faut comprendre ce qui se passe au-dedans, croit-elle. Personnellement, je crois — et j'ai appris — qu'il est plus important de partager nos douleurs que de partager nos joies, parce que c'est à ce niveau que les gens connectent. C'est dans notre nature.»

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