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02/02/2014 07:27 EST | Actualisé 04/04/2014 05:12 EDT

JO-2014 - Un Tadjik skieur à Sotchi, chauffeur de taxi chez lui

Alicher Koudratov, slalomeur, est l'un des deux skieurs qui représenteront le Tadjikistan aux jeux Olympiques de Sotchi, mais à Douchanbé, capitale de ce pays pauvre d'Asie centrale, il est chauffeur de taxi pour subvenir aux besoin de sa famille.

La route vers Sotchi a été tracée dès les plus jeunes années d'Alicher, né il y a 26 ans à Safedorak ("vallée blanche"), petit village de montagne abritant la seule station de sports d'hiver du Tadjikistan, une ex-république soviétique voisine de l'Afghanistan.

"J'y allais avec mon père, j'ai commencé à skier avant d'aller à l'école, raconte-t-il à l'AFP. J'observais attentivement comment les skieurs descendaient les pistes et j'essayais de faire la même chose. Je ne pensais pas que je serais remarqué puis sélectionné dans l'équipe olympique".

Dans un pays pourtant composé à 93% de montagnes, le ski n'est pas un sport populaire au Tadjikistan, contrairement à la boxe ou la lutte.

La station de Safedorak, à une cinquantaine de kilomètres au nord de Douchanbé, est difficile d'accès. Un véhicule tout terrain est recommandé pour parcourir les 20 derniers kilomètres menant au domaine skiable, et il n'y a qu'un remonte-pente, partant de 1.500 m pour arriver à 2.700 m d'altitude. De plus, les infrastructures datant de l'Union soviétique sont en très mauvais état.

"Pour attirer un grand nombre de skieurs, il faut des équipements qui n'existent pas dans notre station", estime Alicher.

Selon des médias, le Tadjikistan, pays musulman le plus pauvre des cinq anciennes républiques soviétiques d'Asie centrale, aurait sollicité l'aide d'investisseurs du Qatar, riche émirat du Golfe persique, pour rénover la station de la vallée blanche.

Voyage trop cher pour la famille

En attendant, Alicher s'est beaucoup entraîné ces derniers mois et a participé à des compétitions internationales en Iran et en Turquie.

Issu d'une famille de neuf enfants, il est l'unique skieur de la fratrie. Mais toute la famille suivra la prestation du champion à Sotchi devant la télévision au Tadjikistan. "On a une antenne satellite à la maison, c'est de là qu'ils me soutiendront", dit ce père de deux enfants.

Mais faute de moyens, il ne pourra emmener aucun de ses proches à Sotchi, à 2.500 km de Douchanbé: "un voyage aux jeux Olympiques est très cher pour la plupart des gens de mon village".

Il reçoit cependant depuis l'été une bourse mensuelle de 1.500 dollars du Comité olympique tadjik, une somme non négligeable dans un pays où le salaire mensuel moyen est de 140 dollars. Mais cet argent sert surtout à financer sa préparation pour les Jeux.

"Quand j'ai du temps libre, je travaille comme chauffeur de taxi à Douchanbé, explique-t-il. Avec l'agent gagné, je subviens aux besoins de la famille".

Dans quelques jours, ses chances de remporter une médaille sont quasi nulles, de même que pour l'autre skieur tadjik sélectionné, Andreï Dryguine, 36 ans, qui participera à ses quatrièmes Jeux d'hiver.

Après Sotchi, Alicher rêve de voyager avec sa famille: "ce serait pas mal si on pouvait aller en Europe. J'ai souvent entendu parler des montagnes suisses, et j'aimerais bien les voir".

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