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01/02/2014 11:28 EST | Actualisé 03/04/2014 05:12 EDT

Grande manifestation en Espagne contre la limitation de l'avortement

Radio-Canada

Plusieurs milliers de personnes ont défilé samedi dans les rues de Madrid contre le projet du gouvernement conservateur espagnol de restreindre le droit à l'avortement, qui, fait inhabituel, fait apparaître au grand jour des divisions au sein même du Parti populaire (PP) au pouvoir.

Les manifestants ont afflué de l'ensemble du pays, en autocar et en train, pour former le plus important rassemblement à ce jour contre le projet de loi du gouvernement de Mariano Rajoy, qui prévoit de limiter l'avortement aux cas de viols ou de danger grave pour la santé de la mère.

Des centaines de femmes, descendues de train à la gare d'Atocha, ont ainsi défilé en direction du siège du parlement.

« C'est un pas en arrière. Nous retournons 30 ans en arrière. Nous espérons vraiment qu'ils modifieront ce projet de loi lors du débat parlementaire; c'est pourquoi nous sommes ici », déclarait Pilar Abad, une femme de 58 ans, dans la foule des manifestantes.

En 2010, l'Espagne s'était alignée sur la majeure partie des autres pays d'Europe, le gouvernement socialiste d'alors légalisant l'avortement à la demande, dans la limite des 14 premières semaines de grossesse.

Le gouvernement de droite a adopté le projet de loi sur l'avortement en décembre - une manoeuvre, selon certains, pour apaiser l'aile droite du Parti populaire - mais ce projet n'a pas encore été soumis au parlement.

Mariano Rajoy a laissé entendre récemment qu'il était ouvert à une modification du projet de loi, à la suite de critiques émanant du PP même, qui lui reprochaient de ne pas avoir recherché un consensus au sein du parti et de se placer en porte-à-faux avec l'opinion publique.

Selon les sondages, 80 % des Espagnols, y compris des catholiques pratiquants, sont favorables à l'IVG.

Aznar absent de la convention du PP

Et le premier sondage réalisé après l'adoption du projet de loi par le gouvernement a montré que le PP perdait du terrain par rapport aux socialistes du PSOE.

« Un parti politique doit prendre en compte ce que pensent les électeurs. Les électeurs se sont exprimés, via les sondages », a déclaré cette semaine à des journalistes étrangers la députée Celia Villalobos, membre du PP mais favorable au principe de l'avortement à la demande.

Dans un pays où la discipline de parti est forte, un nombre inhabituel de dirigeants régionaux du PP, mais aussi de députés du PP, se sont exprimés contre le projet de loi sur l'avortement.

Dans le même temps, ce projet n'a pas réussi à ressouder l'aile droite au reste du PP : à la mi-janvier, une faction particulièrement conservatrice du parti a fait scission et formé un nouveau parti appelé Vox.

Lors de la convention nationale du PP, qui se tenait ce week-end à Valladolid, l'avortement a été à peine mentionné dans les discours des caciques du parti, qui ont appelé à l'unité.

« Nous sommes tous le Parti populaire. Le PP, c'est nous tous », a déclaré vendredi la secrétaire générale du parti, Maria Dolores de Cospedal, dans son discours d'ouverture.

Samedi, les orateurs se sont concentrés sur la reprise économique, sur le chômage et sur la menace présentée par la montée du mouvement séparatiste catalan.

Absent de marque à cette convention, l'ancien président du gouvernement José Maria Aznar, qui ne ménage pas ses critiques contre celui qui fut tout d'abord son protégé, Mariano Rajoy. Aznar a expliqué qu'il ne pouvait assister à la convention, car il était en déplacement à l'étranger.

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