POLITIQUE

«Un beau chèque pour M. Charest» intéresse la commission Charbonneau

29/01/2014 12:01 EST | Actualisé 31/03/2014 05:12 EDT
CP

Un chèque de 3000 $ qu'un lobbyiste aurait remis au Parti libéral du Québec (PLQ) à quelques jours des élections générales de décembre 2008 attire l'attention de la commission Charbonneau.

Un texte de François Messier

Le chèque en question a été présenté en preuve lors du témoignage livré cet automne par Louis-Pierre Lafortune, l'ex-vice-président des Grues Guay qui a été accusé de gangstérisme au terme de l'opération Diligence.

La levée partielle de l'ordonnance de non-publication touchant son témoignage nous permet d'en parler. Il nous est cependant interdit de révéler l'identité du lobbyiste en question.

Le chèque en question a été rédigé à l'attention de l'Association libérale de Sherbrooke, la circonscription que représentait l'ex-premier ministre Jean Charest, par celui qui était alors le chef de la direction financière du fabricant d'éoliennes AAER, Jean-Robert Pronovost.

Il est daté du 20 novembre 2008, soit 18 jours avant que le Québec élise un gouvernement libéral majoritaire.

La remise de ce chèque est évoquée lors de deux conversations téléphoniques entre M. Lafortune, alors vice-président de Grues Guay, et Dave Gagnon, président et chef de la direction d'AAER.

M. Lafortune avait investi 200 000 $ dans la compagnie, qui s'était installée dans l'ancienne usine Hyundai de Bromont. Il a dit avoir possiblement mis Dave Gagnon en contact avec ce lobbyiste, avec lequel il faisait affaire.

« (Le lobbyiste) vient de partir d'icitte-là », dit M. Gagnon à M. Lafortune le 20 novembre 2008. « Pis je viens d'y donner un beau chèque pour M. Charest là. [...] Y va y remettre ça en main propre ce soir ». Lafortune lui dit être déjà au courant.

Le 26 novembre, les deux hommes se reparlent à nouveau. « J'ai parlé avec (notre lobbyiste) hier », dit Gagnon. « Y a donné mon enveloppe à Jean Charest ». Lafortune répond : « Bon bonhomme ».

M. Gagnon l'informe en outre que Pierre Paradis, député libéral de Brome-Missisquoi, qui inclut Bromont, est venu à son usine la veille. « Le vent tourne mon cher », lance-t-il à Louis-Pierre Lafortune.

Talonné par les commissaires et les procureurs de la commission, l'ex-vice-président des Grues Guay a dit ne pas connaître M. Pronovost, ni la nature des liens d'affaires unissant M. Gagnon et le lobbyiste.

Louis-Pierre Lafortune a cherché à minimiser l'influence du lobbyiste. Il l'a décrit comme un « beau parleur » et un « name dropper », très enclin à exagérer l'importance de ses contacts politiques.

Aucun projet d'AAER n'a finalement été retenu par le gouvernement Charest, et cela avait d'ailleurs été vivement dénoncé par les partis d'opposition à l'époque. L'entreprise a d'ailleurs fait faillite en 2010.

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