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Ukraine : le président propose à l'opposition de diriger le gouvernement

25/01/2014 02:35 EST | Actualisé 27/03/2014 05:12 EDT

Le président ukrainien Viktor Ianoukovitch a proposé samedi à deux chefs de file de l'opposition de diriger en tandem le gouvernement, dont les pouvoirs seraient renforcés, des concessions sans précédent après plus de deux mois de contestation.

Arséni Iatséniouk, à la tête du parti de l'opposante emprisonnée Ioulia Timochenko, s'est vu offrir le poste de Premier ministre et l'ex-boxeur Vitali Klitschko celui de vice-Premier ministre chargé des Affaires humanitaires, a précisé la présidence après trois heures de négociations à Kiev.

Le gouvernement est actuellement dirigé par Mykola Azarov, à Davos ces derniers jours pour le forum économique organisé dans les Alpes suisses.

L'opposition n'avait pas encore réagi à cette ouverture majeure qui intervient à l'issue d'une semaine marquée par des violences dans la capitale ayant fait au moins trois morts parmi les manifestants et par un renforcement de la contestation dans les régions.

La tension était remontée samedi entre policiers et manifestants et le ministère de l'Intérieur avait sommé l'opposition de quitter le centre de Kiev, entraînant des appels au dialogue de la part des pays de l'Union européenne, mais aussi dans le propre camp de M. Ianoukovitch.

La présidence a affirmé que pouvoir et opposition s'étaient accordés pour que "les protestataires et les forces de sécurité quittent progressivement" la place de l'Indépendance et des rues avoisinantes, où ils sont toujours barricadés par des températures qui atteignaient samedi moins vingt degrés.

M. Ianoukovitch a accepté la création d'un groupe de travail chargé de "modifier la législation sur les référendums et peut-être, via ce mécanisme, de proposer des amendements à la Constitution", toujours selon le communiqué.

L'opposition demande un retour à la Constitution de 2004, compromis majeur accepté par le pro-occidental Viktor Iouchtchenko, sorti vainqueur de la Révolution orange qui avait fait de l'Ukraine une république parlementaire avec un puissant Premier ministre.

La Constitution avait plus tard été de nouveau révisée, donnant l'essentiel du pouvoir au chef de l'Etat.

L'opposition est mobilisée depuis le refus du président Ianoukovitch fin novembre de signer un accord avec l'Union européenne, y préférant un rapprochement avec la Russie.

La contestation s'est radicalisée la semaine dernière avec l'adoption de lois controversées prévoyant des peines plus sévères, allant jusqu'à la prison ferme, pour les manifestants.

Viktor Ianoukovitch, qui recevait samedi soir les ténors du parti au pouvoir, a aussi promis de revenir sur ces lois et de négocier avec l'opposition pour trouver un "compromis sur ces lois", a précisé la présidence.

Influent soutien du pouvoir, Rinat Akhmetov, l'homme le plus riche d'Ukraine et proche du président, avait plaidé pour une solution pacifique.

"Tout emploi de la force, tout recours aux armes est inacceptable", avait mis en garde le milliardaire, originaire comme Viktor Ianoukovitch de Donetsk, ville industrielle de l'Est russophone, longtemps considéré comme le principal bailleur de fonds du Parti des régions (au pouvoir).

Mais, signe qu'il y a sans doute des dissonances dans l'entourage du chef de l'Etat, le ministre de l'Intérieur Vitali Zakhartchenko avait jugé "vaines" les tentatives de parvenir à un accord politique, affirmant que l'opposition avait perdu le contrôle de manifestants "radicaux".

"Laissez les radicaux, (...) et partez dans un endroit sûr", a demandé ce responsable, expliquant que deux policiers avaient été séquestrés par des militants de l'opposition, puis libérés avec des traces de "tortures".

Le bilan officiel des affrontements de la semaine a atteint samedi trois morts avec le décès à l'hôpital d'un homme de 45 ans. Selon le parti d'opposition Svoboda, il avait été blessé par balle à la poitrine mercredi.

L'opposition fait état de son côté de six morts.

Après deux jours de retour de calme, la situation s'est de nouveau tendue dans la nuit de vendredi à samedi rue Grouchevski à Kiev, théâtre de récentes scènes de guérilla urbaine.

Les manifestants ont lancé des cocktails Molotov et des pavés en direction des policiers antiémeute, qui ont répliqué avec des grenades assourdissantes et des balles en caoutchouc.

Hors de Kiev, les administrations de la plupart des régions de l'Ouest, davantage tournées vers l'Europe, sont occupées par des milliers de manifestants qui réclament le départ des gouverneurs nommés par le président.

Fait nouveau samedi, ce mouvement s'est propagé à certaines régions du Nord (Tcherniguiv) et de l'Est (Poltava).

A Donetsk, fief de Viktor Ianoukovitch dans le bassin minier du Donbass (est) où le chef de l'Etat bénéficie d'une importante base électorale, des manifestations de soutien au pouvoir ont en revanche eu lieu ces derniers jours.

M. Ianoukovitch est aussi sous la pression de l'Union européenne, qui avait demandé samedi des "gestes concrets" en vue d'un retour au calme.

Mme Catherine Ashton, le chef de la diplomatie européenne, est attendue à Kiev jeudi et vendredi.

D'ici là, mardi, un sommet doit réunir l'UE et la Russie, que les Européens accusent d'avoir usé de son influence pour convaincre l'Ukraine de renoncer à un accord d'association avec Bruxelles.

Des manifestations de soutien à l'opposition ukrainienne ont eu lieu samedi dans plusieurs capitales européennes, notamment à Paris, Varsovie, Vilnius, Riga, Prague et Londres.

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